Le ministre a accordé un entretien au JDD, édition du 21 février 2016

Sur l’Union Européenne et le Brexit, le ministre déclare : « David Cameron avait demandé à l’Europe qu’elle l’aide à gagner son référendum sur le maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne. C’est ce que nous avons fait samedi, à Bruxelles, tout en prenant une décision aussi dans l’intérêt de tous les Européens. Il n’y aura pas de révision des traités, pas de veto du Royaume-Uni sur un renforcement de la zone euro, pas de remise en cause du principe de libre-circulation. Le Royaume-Uni a obtenu des réponses à ses préoccupations et j’espère, sur cette base, que les Britanniques choisiront de rester dans l’Union européenne. C’est dans l’intérêt du Royaume-Uni, c’est dans l’intérêt de l’Europe, c’est dans l’intérêt de la France.
« Il ne s’agit pas de défaire ce qui a été fait ni d’empêcher ceux qui veulent aller plus loin. Le socle des principes et des valeurs fondatrices de l’Union demeure. Avant de faire mon discours au moment de la passation de pouvoirs avec Laurent Fabius, je me suis arrêté un instant devant la photo de Robert Schuman dans le salon de l’Horloge au Quai d’Orsay. C’est ici que le 9 mai 1950, l’année de ma naissance, cet homme a lancé la Communauté Européenne du charbon et de l’acier. C’est de cette histoire dont nous sommes comptables. Chacun doit accepter une Europe différenciée dans laquelle ceux qui veulent plus d’Europe pourront avancer et ceux qui ne veulent pas aller plus loin n’y feront pas obstacle. En outre, l’Europe doit être un espace de projets ambitieux qui soit en mesure de peser davantage dans les réponses aux problèmes du monde. On en a vu un très bon exemple lors de la COP21 sur le climat.
« Le Royaume-Uni a toujours eu une position particulière au sein de l’Union européenne et certains Etats membres ont déjà décidé d’aller plus loin, dans le cadre de la zone euro ou de l’espace Schengen. L’accord avec les Britanniques ne fait qu’admettre qu’il y a une Europe différenciée. Ce qui compte, c’est que ceux qui veulent aller vers plus d’intégration ne soient pas entravés, car il faut faire mouvement et redonner à l’Union européenne toute son ambition. Si l’Europe ne bouge pas, on verra les nationalismes et les populismes prospérer, ce qui est d’ailleurs le cas. Il faut donc recréer une envie d’Europe et redonner à tout le monde des raisons d’aimer l’Europe, surtout à la jeunesse. »

Sur le couple franco-allemand, le ministre déclare : « On aurait tort de ne voir, dans la relation franco-allemande, qu’une page jaunie de notre histoire avec De Gaulle et Adenauer ou Mitterrand et Kohl. D’autres pensent que cette relation est une sorte d’obligation. Je pense que c’est une erreur, car nos destins sont profondément liés. Même si on est en désaccord sur certains sujets, on a besoin l’un de l’autre. Je crois en cette vision qui nous permet d’avancer ensemble dans la solution des crises. Je pense en particulier à l’Ukraine avec les accords de Minsk où le couple franco-allemand a joué un rôle crucial. Je me rendrai d’ailleurs à Kiev dès lundi avec mon collègue allemand Frank-Walter Steinmeier. Et, je suis convaincu que l’Allemagne et la France ont la responsabilité de préparer la relance du projet européen. »

Sur la question des réfugiés, le ministre déclare : « Cette question appelle une réponse européenne. Dans ce cadre, la France s’est engagée à accueillir 30.000 réfugiés supplémentaires et elle assumera ses responsabilités. La situation n’est pas comparable en Allemagne, j’en suis conscient. Mme Merkel fait face avec courage et fermeté à une situation très difficile. En France, on sent une réticence d’une partie de l’opinion, même si, en France, comme en Allemagne, de nombreux citoyens s’engagent bénévolement pour l’accueil des réfugiés. Cette question est soumise à de nombreuses exploitations politiciennes. Or il faut le dire : la France a la capacité d’accueillir ces 30.000 réfugiés et le droit d’asile est un droit sacré. Les réfugiés n’ont pas envie de quitter leur pays, ils fuient les bombes et la guerre pour survivre. C’est à nous de l’expliquer aux Français. C’est à notre portée. Il faut distinguer, en France comme en Allemagne et dans le reste de l’Europe, ceux qui peuvent bénéficier du droit d’asile et les personnes qui viennent de pays sûrs et qui arrivent en Europe pour des raisons économiques et n’ont pas vocation à y rester. C’est pourquoi l’Europe doit se donner les moyens de réellement contrôler ses frontières extérieures. Il faut aussi aider Alexis Tsipras et la Grèce qui sont en première ligne de cette crise qui est la plus grave depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
« Il faut parler aux Turcs pour trouver des solutions. Ils ont sur leur territoire plus de 2,5 millions de réfugiés. Ils sont préoccupés par la sécurité de leur frontière avec la Syrie. C’est une bonne chose que l’Union européenne ait pu conclure un accord avec la Turquie pour améliorer les conditions de vie des réfugiés et réduire les flux vers la Grèce. Il faut veiller à sa bonne mise en œuvre. »

Sur la crise syrienne, le ministre déclare : « Il faut que les bombardements, tous les bombardements cessent. L’attaque contre les hôpitaux soutenus par MSF relève d’une politique de terreur délibérée. La priorité aujourd’hui, c’est l’accès de l’aide humanitaire. Des convois commencent à arriver mais c’est insuffisant. Je suis lucide, les engagements passés qui n’ont pas été respectés, il y en a eu beaucoup. Tout cela ne sert pas la lutte contre Daech qui doit être notre seul objectif commun. La crise syrienne est un enjeu majeur pour l’Europe. Si on ne s’y met pas tous ensemble avec les Russes et les Américains, Daech en tirera le bénéfice.
« Tout le monde doit se mobiliser contre Daech et je récuse l’idée d’une confrontation telle que ce que nous avons connu à l’époque de la Guerre froide. Nous ne sommes plus dans cette histoire-là. Les Russes doivent cesser leurs bombardements qui servent les intérêts du régime de Bachar el-Assad et concentrer leurs frappes contre Daech. Il faut aussi que les Américains nous montrent leur détermination, il faut qu’on l’entende et qu’on la voie. »

Sur la Libye, le ministre déclare : « L’urgence, c’est la mise en place d’un gouvernement d’unité nationale qui soit approuvé par le parlement. La France sera prête à accompagner ce gouvernement dans la sécurisation de la capitale Tripoli lorsqu’il y sera installé. La Libye a besoin d’institutions stables pour assumer sa propre sécurité et lutter contre la progression de Daech. C’est la priorité. »

Sur le conflit israélo-palestinien, le ministre déclare : « Le statu quo n’est pas tenable. La jeunesse désespère et l’explosion menace. Il est urgent de se mobiliser à nouveau en faveur de la solution de deux Etats vivant dans la paix et la sécurité. C’est le sens de l’initiative française à laquelle je tiens.
« Ne brûlons pas les étapes. L’objectif, c’est de ne pas perdre de temps pour se mettre tous autour de la table et se parler. »

Dernière modification : 23/02/2016

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