États-Unis - Départ de la frégate L’Hermione

Discours de M. François Hollande, président de la République (La Rochelle, 18/04/2015)

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Madame la Ministre,

Monsieur le Président du Conseil régional,

Monsieur le Président du Conseil départemental,

Madame la Maire de Fouras,

Monsieur le Maire de Rochefort,

Mesdames, Messieurs les Parlementaires, les Élus,

Monsieur le Président de la fondation Hermione, Cher Erik Orsenna et Cher Benedict Donelly,

Mesdames, Messieurs,

Si L’Hermione est prête à partir, c’est grâce à vous, à vous tous qui vous êtes mobilisés depuis si longtemps pour que ce projet, pour que ce rêve devienne réalité. Si vous êtes aussi nombreux aujourd’hui pour ce grand départ, c’est parce que vous avez été très nombreux pendant ces dernières années à vouloir vivre cette journée qui est une journée historique.

Historique parce qu’elle rappelle un événement historique. Historique aussi parce qu’elle marquera les esprits en France et aux États-Unis. Historique également parce qu’elle délivre un message et je vais vous le confier : c’est celui de la volonté parce que s’il y avait encore des gens qui pensaient que rien n’était possible en France, s’il y avait encore des sceptiques qui ignoraient que la passion pouvait renverser tous les murs, tous les obstacles, s’il y avait encore des cyniques, des aveugles qui prétendaient qu’il était vain de rêver, alors cette journée, ici, cette belle journée, c’est la meilleure réponse que la France pouvait leur apporter.

C’est une grande fierté, j’imagine, pour toute la Charente-Maritime, une grande fierté pour la région Poitou-Charentes mais une grande fierté aussi pour la France tout entière que de participer, que de regarder, que de vivre un tel événement.

L’Hermione est un nom qui résonne dans l’Histoire. L’Hermione, c’était le bateau de La Fayette, une frégate de la marine royale mais qui était inspirée par l’esprit des Lumières. L’Hermione est, aujourd’hui, le vaisseau qui porte l’amitié entre la France et les États-Unis.

La première fois que L’Hermione a traversé l’Atlantique, c’était en 1780, il y a 235 ans. Elle emportait à son bord un jeune homme qui avait à peine 23 ans et qui était chargé de la plus belle des missions, chargé par la France d’apporter son soutien à la lutte pour l’indépendance de l’Amérique. Trois ans plus tôt, alors qu’il avait à peine vingt ans, La Fayette avait déjà gagné l’Amérique, pour se porter comme il le disait lui-même « en défense de la liberté ». La liberté, c’est celle qui guidait les insurgés américains de George Washington ; la liberté c’est celle que La Fayette défendait aussi pour son pays. Revenu en France dans un bateau au nom prédestiné, L’Alliance, La Fayette n’avait cessé de plaider la cause de l’Amérique auprès du Roi. Quelques semaines plus tard, sur L’Hermione, il partit pour annoncer à George Washington et à l’Amérique cette grande nouvelle : la France, oui, la France était là et elle apportait son soutien et son appui à l’indépendance américaine.

À Boston, La Fayette fut accueilli par une foule en liesse. À la tête de ces volontaires, il a tout fait pour que les hommes libres puissent l’emporter. La contribution de la France fut décisive pour permettre aux États-Unis d’Amérique de connaître la liberté et c’est ainsi que fut scellée la plus belle des alliances, une alliance fraternelle entre la France et les États-Unis. La Fayette devint un nom de rassemblement, de ralliement. Le maire de New York dira en 1824 que sa patrie considérait La Fayette comme « son fils le plus aimé ». La Fayette devint un symbole de toutes les causes et c’est en invoquant La Fayette que les premiers volontaires américains se sont enrôlés auprès de la France en 1916 durant la Première guerre mondiale. C’est en saluant La Fayette que le général Pershing avec ses troupes a débarqué en 1917 ; et c’est toujours en souvenir de La Fayette que les soldats américains sont allés en Normandie sur les plages pour qu’à notre tour, nous puissions être libres et indépendants. Encore aujourd’hui, tous les 4 juillet, fête de l’Indépendance américaine, une délégation des États-Unis vient fleurir la tombe de La Fayette au cimetière Picpus à Paris. Ce que L’Hermione célèbre, en refaisant 230 ans après la traversée de l’estuaire de la Charente jusqu’à la rade de Boston, c’est ce message de liberté et de volonté.

Il fallait qu’il y ait une idée de génie, une idée qui traverse parfois la tête d’une femme ou d’un homme sans se traduire dans la réalité. Il fallait qu’il y ait une idée, un lieu et un homme. L’idée, c’était de reconstituer L’Hermione, de répliquer L’Hermione, de refaire L’Hermione. Le lieu, c’est la Corderie royale de Rochefort, cet établissement historique de la marine fondé par Colbert. L’aventure de cet établissement s’était arrêtée en 1927 et la ville de Rochefort s’était refermée derrière ses murs pleurant cette corderie disparue. Alors, il fallait un homme pour la réveiller, cet homme, c’est Jean-Louis Frot, il était maire de Rochefort. Monsieur Frot, vous avez eu donc cette idée. Quand on a une idée, il faut la faire partager. Vous vous êtes adressé, cela peut arriver, au président de la République de l’époque, François Mitterrand. Il fut convaincu de faire de Rochefort un de ses grands travaux présidentiels. C’est ainsi que la Corderie a pu renaître avec le Centre international de la mer dont Erik Orsenna est devenu le président. C’est à ce moment-là, grâce à vous, grâce à Rochefort, grâce aussi à cette idée de génie, que l’Hermione est née. Mais il ne suffit pas d’avoir une idée un lieu et un homme pour la porter, il fallait construire L’Hermione.

Comment construire un mythe en le rendant vrai, aussi vrai que l’original, aussi vrai que l’authentique ? En 1779, il avait fallu six mois pour construire L’Hermione. Il a fallu plus de vingt ans pour y parvenir, sur deux siècles, le XXe et le XXIe. On appelle cela : la modernité ! Cela a été difficile de faire en sorte que L’Hermione renaisse. Pendant vingt ans, tous ensemble, vous vous êtes acharnés à ce que ce chantier puisse être réalisé. Benedict Donnelly, vous êtes l’incarnation même de cette fraternité franco-américaine que porte L’Hermione puisque vous êtes le fils d’un GI débarqué en Normandie en juin 1944 et que vous avez fait le plus beau des projets français, belle union franco-américaine !

Pendant vingt ans, il a fallu faire travailler toutes les collectivités locales ensemble et elles ont pu changer de majorité - cela peut arriver - mais elles ont su travailler au-delà des alternances, au-delà des changements, à ce beau projet de L’Hermione.

La région, d’abord sous l’impulsion de Ségolène Royal puis ensuite de Jean-François Macaire ; le département avec Dominique Bussereau, toutes les collectivités se sont réunies et je n’oublie pas l’agglomération de Rochefort, ni l’agglomération de La Rochelle. Voilà comment on rassemble des millions d’euros sans que l’État n’y mette trop d’argent. C’est pourquoi je voulais compenser par ma présence, dans un souci d’économie budgétaire qui ira droit au coeur de tous. En même temps, l’État s’est mobilisé en affectant ses meilleurs marins, ingénieurs, officiers, je veux aussi les remercier.

Nous avons un bateau. Un bateau à voiles qui est bâti comme une cathédrale, une cathédrale inversée. C’est un chef-d’oeuvre, un chef-d’oeuvre collectif qui a été conduit à rassembler tant de métiers : des charpentiers, des ébénistes, des peintres, des voiliers, des calfats, des forgerons, des sculpteurs, des gréeurs, autant de métiers qui avaient été oubliés, qui parfois avaient disparu et qui grâce à L’Hermione, se sont remis au travail. Il a fallu rassembler un puzzle de 400 000 pièces de bois, de métal, 25 kilomètres de cordages, 2 000 mètres carrés de voilure à tisser, des canons à couler et même des obus, des boulets qui ont été ainsi réhabilités ou réinventés. Il a fallu les meilleurs architectes, artisans et ouvriers ! Voilà pourquoi c’est un chef-d’oeuvre qui va bientôt passer sous vos yeux.

Grâce à L’Hermione... - elle arrive ! - grâce à L’Hermione, Rochefort a ainsi noué des relations avec toutes les régions et je veux, ici, devant ce bateau si magnifique, dire qu’il faut un équipage pour qu’un bateau navigue et que c’est le commandant Cariou et son second qui est une jeune femme, Gisèle Gicquel, qui aujourd’hui sont sur le pont avec les hommes et les femmes d’équipage, 80 ! Voilà ce que l’on a été capable de faire ! Votre présence nombreuse est également la plus belle des récompenses pour tous ceux qui ont oeuvré à ce chef-d’oeuvre.

Je veux terminer par un seul message. L’Hermione est une page lumineuse de notre Histoire parce qu’elle porte des valeurs universelles : l’engagement, la liberté, le courage et l’amitié entre la France et les États-Unis. Elle montre que la volonté peut décider de tout, peut également emporter toutes les convictions, que la liberté est celle qui guide toujours les peuples. Pour se souvenir de ce que disait La Fayette : Pour que vive la liberté, il faudra toujours que des hommes se lèvent et secouent l’indifférence ou la résignation. Encore aujourd’hui, pour que nous puissions réussir tous ensemble, pour que la France puisse avancer, il faut vaincre la résignation, l’indifférence et faire preuve de volonté, d’engagement, pour que la France soit fière quand elle voit son drapeau tricolore, fière d’être toujours capable, comme elle l’a toujours été, de panache.

Vive la République, vive la France et vive L’Hermione !./.

Source : site Internet de la présidence de la République

Dernière modification : 23/04/2015

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