DISCOURS DE M. LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DEVANT L’ACADEMIE DES SCIENCES Almaty (Kazakhstan) – Samedi 6 décembre 2014 [kk] [ru]

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Académie des Sciences

Monsieur le Maire d’Almaty,

Monsieur le Président de l’Académie des sciences,

Mesdames et Messieurs,

C’est un honneur que vous me faites en me permettant de m’exprimer à l’Académie des Sciences du Kazakhstan, dans ce lieu prestigieux qui est un symbole de la science et de la connaissance.
S’il y a un message à retenir, c’est que la France veut renforcer de manière prioritaire sa coopération universitaire, scientifique et linguistique avec le Kazakhstan. Almaty y jouera un rôle central.
A l’époque de Vernyi, c’était l’ancien nom d’Almaty au XIXème siècle, un voyageur et aventurier français, Paul GOURDET, architecte de formation, était venu s’établir dans cette ville. Il y avait érigé de nombreux bâtiments, notamment celui qui accueille aujourd’hui l’Institut Sorbonne – Kazakhstan.
Aujourd’hui, nous n’avons plus besoin, autant que par le passé, d’investissements dans la pierre. Nous avons besoin d’investissements dans le savoir, dans la formation, dans la connaissance. C’est ce que nous devons faire dans la deuxième étape du partenariat entre la France et le Kazakhstan.

Avec le Président NAZARBAEV, nous avons décidé de travailler autour de deux axes. Le premier axe, c’est l’accueil en France d’étudiants kazakhstanais, notamment grâce au programme de bourses Bolachak. Nous sommes prêts à accueillir en France davantage que les 400 étudiants kazakhstanais, c’est le chiffre aujourd’hui. Nous pouvons arriver, d’ici 5 ans, facilement à doubler le chiffre.
Le deuxième axe, c’est la coopération entre les établissements d’enseignement supérieur français et kazakhstanais. Nous pensons que les alliances qui seront nouées permettront de favoriser les échanges de connaissances entre étudiants mais aussi d’aboutir à des universités d’excellence à l’échelle internationale. C’est la raison pour laquelle plus de vingt accords ont été signés pendant le forum universitaire d’Astana. Ils vont couvrir tous les domaines : les sciences, l’économie, le tourisme, le droit, l’administration publique, les sciences sociales et la langue française.
Notre objectif, c’est non seulement d’implanter l’Institut Sorbonne-Kazakhstan au sein de l’université Abaï mais aussi de lancer des projets d’école d’ingénieurs, des centres de formation technique supérieurs, des écoles de tourisme... Nous devons couvrir le plus large domaine possible de formations débouchant sur des réalisations en termes économiques.
Je veux donc saluer les Présidents des universités, présidents français, présidents
kazakhstanais. Ils ont mené un travail exceptionnel qui a abouti aux accords signés hier et aujourd’hui.
Mais pour qu’il y ait ces rapprochements, faut-il aussi que la langue française soit davantage parlée au Kazakhstan. Il y a deux écoles françaises à Astana et à Almaty. Elles accueillent déjà les élites du Kazakhstan, mais c’est trop peu. Il nous faut donc, avec le Président NAZARBAEV, faire en sorte que le français puisse être enseigné de manière plus générale dans les écoles du Kazakhstan. Les universités françaises favoriseront aussi l’accompagnement linguistique de leurs futurs étudiants. A cet égard, les coopérations nouées seront aussi des coopérations linguistiques.
Je souhaite que le Kazakhstan puisse s’ouvrir à l’espace francophone et que l’espace
francophone puisse s’ouvrir au Kazakhstan. Je lance l’idée qu’un jour, il sera possible
d’intégrer le Kazakhstan dans l’Organisation internationale de la francophonie. Cela permettrait à la francophonie d’être présente ici en Asie centrale et cela aurait comme
avantage que l’Asie centrale soit une grande zone d’influence pour le français et pour la culture française. Parce que je ne dissocie pas la langue, le savoir, la connaissance, la science et la culture.
La contribution du Kazakhstan à la culture est particulièrement significative. C’est une grande histoire ; c’est donc une grande culture. La culture nomade a beaucoup donné à notre patrimoine commun. Je pense notamment à la poésie, à la philosophie, aux mathématiques.
Un Kazakhstanais célèbre, parmi beaucoup d’autres, a rassemblé toutes ces qualités et fait progresser toutes ces disciplines. Il s’agissait d’Al Farabi. Il était considéré comme le « second instituteur de la connaissance après Aristote ».
De même, je veux saluer l’écrivain, poète et philosophe Abaï dont certains disent que sa verve s’apparente à celle de Victor Hugo.
Le patrimoine culturel kazakhstanais doit être mieux connu en France, car il est considérable.
Votre culture nomade, le mélange de populations au Kazakhstan, a donné des créations exceptionnelles. Les premières saisons culturelles croisées que nous avons organisées au Kazakhstan, puis en France, au cours des deux dernières années, ont été un véritable succès.
Il y a eu, notamment, l’installation sur la place du Palais royal de yourtes traditionnelles.
Chacun s’en souvient encore. Le ballet de l’opéra d’Astana s’est produit aussi à Paris et a connu un grand succès. Voilà pourquoi vous devez être fiers de votre culture. La France, qui a comme ambition de porter sa culture et celles du monde, est à vos côtés pour cette promotion.
Astana et Almaty peuvent rivaliser aujourd’hui avec les grandes scènes européennes en présentant des spectacles inspirés des civilisations européennes et asiatiques qui se sont croisées sur la mystérieuse et mythique route de la soie. A Almaty comme à Astana, des coopérations ont été lancées avec des villes françaises autour de la culture. Les villes d’Almaty et de Cannes organiseront conjointement des journées culturelles et des festivals pour le cinéma.
A Almaty, nous devons aussi renforcer notre coopération dans le domaine sportif et
touristique. Je veux m’arrêter un instant sur cette question.
Le Kazakhstan, c’est cinq fois la France. Le Kazakhstan, c’est un ensemble de paysages extrêmes variés. Le Kazakhstan, c’est un potentiel considérable pour l’accueil des touristes. La steppe reste encore un domaine inexploré pour beaucoup d’Européens. Elle fleurit de façon remarquable, puisque des tulipes sauvages peuvent éclore à cette période de l’année et j’y suis particulièrement sensible ! De même, la montagne peut être encore davantage valorisée et protégée. Notre coopération peut aider à préserver la nature, à l’entretenir, à la transformer sans l’abîmer.
C’est la raison pour laquelle j’étais très impressionné par ce qui nous a été présenté à
l’occasion de la pose de la première pierre du téléphérique urbain de Poma à Almaty. Cet équipement doit ouvrir de nouveaux projets touristiques et permettre une plus grande fréquentation de votre ville et du Kazakhstan.
La création d’un « cluster montagne » va renforcer les liens entre les professionnels français et les kazakhstanais du secteur. Il va faciliter la création de stations de ski, non simplement à Almaty, mais dans de nombreuses villes qui peuvent accueillir ce type d’équipement. Soyez sûrs de pouvoir, d’ores et déjà, disposer de l’expertise française.
Il y a plusieurs façons de créer des villes. La ville peut être simplement une suite d’immeubles ou peut être un lieu de vie. Il y a aussi plusieurs façons de créer des stations de sport d’hiver.
Cela peut être des villes posées sur la montagne ou cela peut être un ensemble de liens, de relations qui créent une ambiance particulière. Les stations de sport d’hiver en France ont connu différentes conceptions, mais c’est cette dernière, celle que je viens de décrire, qui l’a emporté et qui permet aujourd’hui d’être un exemple pour le monde entier. A travers une station de sport d’hiver, c’est aussi un art de vivre, une manière de comprendre le sport, une façon d’accueillir les enfants, une conception de la technologie, une sécurité et enfin un bonheur – celui de permettre à une population d’accéder à des loisirs.
Nous sommes prêts à favoriser la coopération en matière de station de sport d’hiver. Je sais que vous avez des échéances avec les championnats du monde universitaires en 2017 et qu’Almaty est candidate pour les Jeux olympiques d’hiver en 2022. Les Jeux olympiques, c’est très important, c’est un projet qui peut mobiliser beaucoup plus qu’une ville, un pays tout entier ! A condition d’avoir les équipements nécessaires, à condition d’avoir l’organisation indispensable. Nous sommes prêts à mettre toute notre expertise, tout notre savoir-faire, au service de cette belle ambition.
On dit aussi qu’à Almaty, je n’ai pas pu encore en avoir confirmation, vous aimez le vélo. Il est vrai qu’il y a un grand champion de vélo, Alexander VINOKOUROV. Il a été champion olympique à Londres. Ce qui peut être fait en matière d’aménagement des villes avec la création d’infrastructures cyclables, c’est aussi un point fort de nos entreprises. Nous avons, là aussi, inventé à Paris, mais pas simplement à Paris, des villes qui font une place à cette forme de mobilité.
Les questions de transport, de communication, d’eau et d’énergie sont essentielles pour le développement des villes durables. Les villes durables, ce doit être aussi un enseignement dans les universités. Comment penser la construction des villes ? Comment aménager les villes pour qu’elles économisent l’énergie ? Comment avoir des villes qui soient à la fois humaines, économes, écologiques et en même temps ouvertes au monde ? Comment faire pour que nous ayons des villes qui communiquent ? Comment faire pour que nous luttions contre la pauvreté, contre la précarité ? Comment empêcher qu’il y ait des pollutions ? Comment être mieux protégé des catastrophes ? Voilà un bel argument universitaire, voilà une belle recherche scientifique que nous pourrions mener à bien, Kazakhstanais et Français !
Votre ville, M. le Maire, est déjà très bien connue en France, puisqu’elle est jumelée avec la ville de Rennes. Elle entreprend un rapprochement stratégique avec la ville de Cannes pour développer des événements culturels – chacun a à l’esprit le Festival ! Vous avez aussi des liens avec d’autres villes qui pourraient vous accompagner pour les stations de sport d’hiver.
La ville d’Astana, elle, entretient des relations avec la ville de Nice, avec la région Rhône-Alpes. Il y aussi la ville de Grenoble qui est prête à se mobiliser. Je souhaite qu’il y ait plus de collectivités locales françaises encore qui cherchent à nouer des coopérations avec les grandes métropoles régionales du Kazakhstan.
Les universités ont d’ailleurs montré la voie. Si des universités sont capables de mener des partenariats, alors les villes et les régions doivent également être capables de le faire. Nous devons montrer une solidarité et des intérêts communs.
Le Kazakhstan est sur une position géographique centrale, puisque le Kazakhstan permet le lien entre l’Europe et l’Asie. La France doit tirer toutes les leçons utiles de cette position géographique du Kazakhstan à laquelle correspond aussi à une volonté politique. Investir au Kazakhstan, c’est investir en Europe et en Asie. C’est avoir de bonnes relations avec la future
Union économique eurasiatique. A un moment ou à un autre, l’Europe devra discuter avec cette autre partie du continent.
Nous avons tellement conscience de cet enjeu que des consuls honoraires de France seront bientôt nommés dans les principales régions du Kazakhstan. Ils seront des relais précieux et je veux, d’ores et déjà, les saluer.
Il y a une communauté française, ici, dans votre ville, M. le Maire d’Almaty. Il y a 250
Français qui vivent ici, certains sont peut-être dans la salle. Ils tiennent des cafés, des boulangeries, mais aussi des entreprises de haute technologie. Il y a de nombreux entrepreneurs français qui ont décidé de s’installer dans la région d’Almaty. Je sais que vous leur faites le meilleur accueil.
Beaucoup de chefs d’entreprise m’accompagnent. Ils vont vous exprimer la confiance qu’ils ont dans votre ville et dans votre pays. Ils veulent prendre toute leur place, rien que leur place, au Kazakhstan, donner ce que leur technologie peut offrir et s’investir dans un développement long et pas simplement de circonstance. Construire une station de sport d’hiver, ce n’est pas simplement construire, ce n’est pas simplement aménager, c’est envisager un partenariat qui durera des décennies.
Il y aura aussi une ligne aérienne directe entre la France et le Kazakhstan, dès le début de l’année prochaine. Ce qui veut dire que la Tour Baïterek ne sera plus qu’à six heures de vol de la Tour Eiffel et inversement. Nous pouvons imaginer, là encore, des échanges beaucoup plus nombreux entre nos deux pays, avec des projets économiques, universitaires et culturels.
Voilà, Mesdames et Messieurs, ce que je voulais vous dire dans ce lieu qui, comme toute université, est un lieu qui inspire.
J’ai retrouvé ce qu’écrivait votre grand écrivain Abaï, qui a donné d’ailleurs son nom à
l’université. Il disait que « le plus insignifiant des hommes est celui qui n’a pas d’ambitions ». Mais il a ajouté : « il y a des ambitions très variées ».
Il y en a qui ne déplace que leur propre mouvement, c’est-à-dire pas grand-chose, et il y en a d’autres qui donnent du sens à l’avenir, qui construisent, qui bâtissent, qui font espérer.
C’est ce que nous devons faire pour nos deux pays : avoir de l’ambition, de l’ambition
ensemble, de l’ambition pour les valeurs et pour les principes que nous portons.

Vive la France et vive le Kazakhstan ! Merci.

Dernière modification : 11/12/2014

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