Coopération technique internationale - Lancement de l’Agence Expertise France - Intervention de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international ( 20 janvier 2015)

Madame la Ministre,

Monsieur le Ministre,

Monsieur le Président,

Monsieur le Directeur général,

Mesdames et Messieurs,

Chers Amis,

Bienvenue dans cette maison qui est la vôtre. Nous sommes heureux, avec Annick Girardin et Michel Sapin, de vous retrouver ce matin pour le lancement officiel d’Expertise France.

Je crois que cela fait un peu plus de dix ans que cette réforme était évoquée mais « tout vient à point à qui sait attendre ». Cette réforme a été décidée et, aujourd’hui, vous êtes en train de la faire vivre. Il s’agissait tout simplement de construire un opérateur d’expertise technique qui soit plus lisible, plus visible, plus performant - même si chacun des éléments précédents étaient utiles - et qui porte haut notre savoir-faire au niveau international. Voilà ce que nous avons voulu faire et maintenant, c’est sur vos épaules que tout cela repose.

Nous pensons que c’est une excellente opportunité, à la fois pour vous, pour la politique d’influence de la France et pour nos partenaires « du Sud ». L’idée était tout simplement de simplifier ; c’est une ligne qui a été fixée par le président de la République et le Premier ministre et nous l’appliquons dans tous les domaines.

Vous avez vu qu’en matière de soutien à l’export et de promotion de notre attractivité, désormais l’opérateur est Business France ; en matière de tourisme, l’opérateur est Atout France ; en matière d’accueil des étudiants étrangers, l’opérateur est Campus France. En matière d’expertise, il y a un opérateur de l’État : Expertise France.

Vous avez comme atout l’engagement total du gouvernement et des responsables, M. Donnellier et M. Mosneron-Dupin, qui ont fait leurs preuves, et votre compétence.

Cela ne veut pas dire que les opérateurs dont vous êtes issus n’avaient pas obtenu de résultats. Ces résultats étaient significatifs et cela permet d’avoir déjà un carnet de commande pour bien travailler. C’est déjà plus de 120 millions de chiffres d’affaires, 50 000 jours d’expertise technique dans plus de 80 pays, un vivier de plus de 10.000 experts, des centaines de références dans des domaine extrêmement variés : d’Ebola aux finances publiques, en passant par le plan climat de l’Ouganda, la logistique des forces de l’ONU au Mali, la lutte contre la piraterie dans le Golfe de Guinée ou la réforme de la protection sociale en Chine.

Cette réforme est une opportunité pour vous : Expertise France vous permettra d’enrichir vos parcours professionnels, avec une palette de métiers et de secteurs qui n’existaient pas jusqu’à présent dans chacune de vos structures séparées. C’est une opportunité aussi pour la France - et c’est dans cet esprit que nous l’avons décidé - parce que notre opérateur aura désormais une capacité de développement sans précédent.

Vous aurez la taille européenne et vous serez le deuxième pilier de la coopération française au côté de l’Agence française pour le développement. Grâce à cette taille critique, appuyée sur une grande compétence, vous allez pouvoir financer une veille, une capacité de montages juridiques, une communication, une stratégie qui, par définition ne pouvait pas exister au même degré auparavant. Cela sera aussi très positif pour nos partenaires, c’est-à-dire, en général, les pays que l’on appelle - d’ailleurs d’une manière inopportune - les pays du Sud et dont certains ne se trouvent pas vraiment au sud.

L’exemple peut-être le plus emblématique, c’est celui du continent africain. Il doit déjà nourrir, loger, former des centaines de millions de personnes ; ce sera des milliards dans les années qui viennent. C’est une opportunité pour le continent lui-même et aussi pour nous. Bien évidemment, la nouvelle agence Expertise France travaille en liaison étroite avec ce grand partenaire.

Vous êtes plus spécialistes que moi de ces affaires mais chacun peut comprendre que désormais il ne s’agit plus d’importer l’État des anciennes puissances coloniales mais beaucoup plus de bâtir collectivement, avec des experts du Nord comme du Sud, les solutions les plus pertinentes. Et ce sera à vous de relever ce défi.

Dans ce contexte, je pense qu’il y a quelques priorités qu’il faut respecter.

La première qui est une évidence, c’est de promouvoir l’excellence de l’expertise française. Si les pays partenaires choisissent Expertise France, c’est en raison de la qualité de l’expertise fournie et du sérieux de la gestion des projets. Donc, que ce soit chez nos partenaires, chez les grands bailleurs de fonds, à Bruxelles, à New York, à Washington, il faut, lorsque l’on parlera d’Expertise France, que l’on ait à l’oreille le professionnalisme, l’écoute, la qualité. Cela ne veut pas dire que l’on va plaquer sur les réalités du Sud nos dispositifs publics, mais cela veut dire qu’il faut avoir les meilleures équipes et, bien évidemment, ces dernières pourront aussi travailler avec des équipes européennes et avec des bureaux d’expertise locaux. Donc la première priorité, c’est l’excellence.

La seconde priorité, c’est que vous devez être le porte-parole de notre politique de coopération sur les grandes thématiques de notre diplomatie et, en particulier, deux d’entre elles qui ont encore plus de présence cette année, la préservation de la planète et la paix. Lorsque l’on parle de préservation de la planète, on pense immédiatement à la COP21 et ce doit être, durant les jours qui viennent, une préoccupation de tous les instants.

J’attends d’Expertise France qu’elle apporte, avec les financements de l’AFD - nous en parlions tout à l’heure avec Mme Anne Paugam - votre soutien aux pays du Sud pour l’élaboration des contributions nationales que ces pays se sont engagés à Lima à présenter à la fin du premier trimestre. Concrètement, tous les pays doivent présenter ce qui s’appelle en anglais « INDC », ce sont des engagements pour les années qui viennent. C’est évidemment très difficile à réaliser pour des pays qui n’ont ni expertise, ni finance, il faut donc - et le financement a été trouvé par l’AFD, l’expertise viendra de vous - que nous soyons capable, dans les jours qui viennent, de leur proposer d’aider à mettre sur pied ces « INDC ».

Bien sûr, il y a la paix, parce que vous devez être présents, notamment sur le chantier de reconstruction d’États fragiles : en RCA, au Mali ou ailleurs. De la même façon, vous travaillerez sur le renforcement des capacités sanitaires des pays de l’Ouest africain pour montrer ce qu’est la politique de coopération de la France. De façon plus générale, vous aiderez notre diplomatie économique en gagnant des parts de marchés sur les appels d’offres internationaux et permettrez du même coup que le taux de retour de la France, à partir de ses contributions multilatérales, soit plus élevé.

Il y a très généralement un lien entre ceux qui obtiennent les marchés d’expertise et les entreprises qui sont adjudicataires. Évidemment, en tant que nouvel opérateur dynamique, vous aurez un rôle très positif pour développer les marchés de nos entreprises et, d’une façon plus générale, pour favoriser notre présence économique. D’ailleurs, et c’est un autre aspect de votre métier, vous devrez favoriser un écosystème favorable aux intérêts français en soutenant, dans des pays étrangers, des systèmes normatifs d’inspiration française ; on sait bien que ceux qui fixent la norme déterminent très souvent les attributaires du marché.

Voilà vos tâches !

Alors, quelles sont les conditions de la réussite ? Elles sont celles que l’on connaît lorsqu’il y a une fusion. D’abord, faire en sorte que 1+1 donne plus que la somme algébrique et non pas moins que cette somme ; ce qui signifie beaucoup d’écoute, des renonciations - si elles ont jamais existées - aux querelles du passé et la création d’une dynamique commune.

C’est le rôle de la présidence et de la direction générale de vous accompagner sur ce chemin mais, finalement, c’est l’attitude de chacune et de chacun pour qu’il y ait des méthodes de travail et une culture partagée. Il y a un aspect très concret dont nous discutions d’ailleurs avec le ministre des finances ce matin-même, c’est qu’il faut que vous puissiez vous installer rapidement sur un site unique qui vous accueille dans de bonnes conditions, nous allons y veiller.

C’est la première condition de la réussite, réussir la fusion.

Par ailleurs, il faut parler chiffres et gagner des parts de marché et, du coup, dégager des ressources financières qui sont nécessaires à votre développement. Je ne suis pas sûr que les dotations budgétaires seront en augmentation massive d’après ce que je lis ; il faut donc être capable d’augmenter l’autofinancement, ce qui veut dire une commande publique tarifée à son coût réel et des contrats internationaux en augmentation. Il n’y a malheureusement pas dans ce domaine de « dieu caché ».

Bien évidemment, il faut que l’ensemble des pouvoirs publics accompagnent votre développement ; cela veut dire l’ensemble des grandes administrations : l’AFD, Business France, nos représentants auprès de l’Union européenne, de l’ONU de la Banque mondiale ; cela veut dire aussi bien sûr l’ensemble des services extérieurs de l’État et donc tout ce qui dépend, d’une manière ou d’une autre, du Quai d’Orsay.

Voilà, je pense que nous avons établi la feuille de route ensemble de façon claire. Restera une adaptation à opérer qui est complémentaire, c’est qu’il nous faudra procéder prochainement à une adaptation de l’expertise technique résidente qui actuellement est gérée directement par les services du Quai d’Orsay. Il faudra recentrer tout cela sur des domaines stratégiques qui méritent d’être pilotés au plus près de l’autorité politique. En revanche, pour l’expertise à caractère plus technique, je pense qu’il nous faudra choisir des modalités de gestion plus souple et en lien direct avec Expertise France pour que tout cela soit cohérent.

Je crois que la mission est claire. La décision a été prise. Maintenant elle s’applique et vous avez de notre part, une totale confiance.

Nous avons je crois jusqu’au 31 janvier pour présenter nos voeux. Je sais que lorsque l’on a choisi le type de fonctions que vous exercez, ce n’est pas une fonction que l’on exerce comme cela, on est impliqué très profondément et personnellement. En formulant des voeux pour votre succès professionnel, je formule aussi des voeux pour votre réussite personnelle.

Je vous souhaite donc une grande réussite pour Expertise France et une très bonne année 2015./.

Dernière modification : 26/01/2015

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