COP21/CMP11 - Session de négociations climatiques à Paris (30 novembre-11 décembre) – Compte-rendu du vendredi 04 décembre

La publication des nouveaux documents de travail constitue un progrès notable, en cette cinquième journée de conférence. Le mécontentement du G77, porté avec encore davantage de vigueur par les pays « like-minded » (LMDC) et de l’ALBA, a dans un premier temps menacé de faire dérailler les discussions plénières en groupe de contact. Les interventions de la Présidence française, des co-présidents et de groupes constructifs (UE, Afrique) ont cependant permis de recentrer les débats sur la substance, et permettent d’envisager la journée de demain, qui verra la clôture des travaux du groupe ADP, sous de meilleures auspices. S’agissant du LPAA, la position française, refusant de soutenir l’initiative « fuite de méthanes », a été appréciée des ONG, qui invitent les trois autres partenaires à nous suivre. Leur entretien avec l’Ambassadrice a permis d’apaiser nos relations avec la société civile et de dialoguer à nouveau sur le fond.

1. Evolution des négociations

La réunion du groupe de contact a débuté ce matin peu après la publication de deux nouveaux documents : une nouvelle version du texte, par les co-présidents, ainsi qu’une version intégrant les propositions de compromis des facilitateurs. Si certains groupes, tels que le G77, ont indiqué que le deuxième texte, un « mélange de propositions de compromis et de compilation » (qui réduit l’ensemble accord et décision de 10 pages), ne correspondait pas tout à fait à leurs attentes, une première lecture du texte, sans négociations ligne par ligne ni répétitions des positions, a été proposée. Cette lecture a été perturbée par de nombreux points d’ordre, en raison du rythme jugé trop soutenu de l’examen des articles 1, 2 et 2 bis, l’Arabie Saoudite et le Venezuela menaçant, de façon à peine voilée, de torpiller les formulations de compromis si leurs positions n’étaient pas prises en compte. L’ambassadrice Tubiana est intervenue pour faire ressortir les avancées de ce texte, et a enjoint les Parties à ne pas mettre cela en péril. La discussion s’est conclue sans amendements de la version incluant les propositions de compromis, qui devrait donc devenir la base de négociation qui sera transmise demain à la COP.
La première réunion informelle sur la décision de finance de long terme s’est déroulée dans de bonnes conditions, et les quatre soumissions de l’Union européenne, du groupe de l’Ombrelle, du G77 et des Philippines ont pu servir de bases aux discussions. Les paragraphes relatifs aux annonces et engagements, en référence aux annonces des banques multilatérales, ont fait l’objet de critiques de la part du G77 et des LMDC.
S’agissant des discussions dans les organes subsidiaires, Sainte-Lucie a finalement accepté la proposition de consensus sur l’article 3, paragraphe 7ter, indispensable aux dispositions de mise en oeuvre de la deuxième période d’engagement du protocole de Kyoto. En revanche, aucun accord n’a pu être trouvé s’agissant du renforcement des capacités . Le texte devrait donc être transmis à la COP, en deuxième semaine. Les Maldives ont exprimé le mécontentement du groupe des Etats insulaires en clôture de l’échec des discussions sur la revue 2013-2015, estimant que les risques d’un réchauffement global supérieur à 1,5°C n’étaient pas suffisamment pris au sérieux. Ils ont appelé à transmettre ce message à la COP, ainsi qu’à la Présidence française.

2. Veille géographique
Lors d’une rencontre, Abdoulaye Baldé, ministre de l’environnement du Sénégal, a indiqué qu’une différentiation dynamique, incluant la réalité de la responsabilité des pays émergents, serait acceptable. Il s’est montré très ferme au sujet du caractère crucial des financements, en particulier dans le domaine des pertes et dommages. A ce sujet, l’envoyé spécial Todd Stern a reconnu en conférence de presse la nécessité pour de nombreux pays de mettre en place des mécanismes de type assurantiel, mais affirmé que les lignes rouges américaines sur la responsabilité juridique et la compensation demeuraient infranchissables. Il a par ailleurs affirmé le soutien des Etats-Unis à l’inclusion dans l’accord de références solides aux droits humains ainsi qu’aux droits des femmes. Enele Sopoaga, Premier ministre de Tuvalu, a rappelé, lors d’une rencontre avec le Ministre, la ligne rouge que constitue l’objectif des 1,5°C, qui ne pourra être « échangée » contre les pertes et dommages. La lenteur des discussions sur ce sujet est destinée, selon M. Sopoaga, à persuader les petits Etats insulaires d’accepter de traiter le sujet en décision, et non dans l’accord.

4. Plan d’Action Lima-Paris

Michel Sapin, ministre des finances, est intervenu lors du Focus consacré à la finance privée, durant laquelle il a
insisté sur la nécessité de désinvestir des énergies fossiles, grâce à une incitation des pouvoirs publics, notant les progrès réalisés en 2015. Autre fait marquant, l’engagement de Montréal sur le carbone a été rejoint par 120 investisseurs qui s’engagent ainsi à mesurer leur exposition au risque climatique. Lors de l’ouverture du Focus sur les polluants à courte durée de vie, Ségolène Royal a salué l’action de la Coalition pour l’Air pur et le Climat, co-organisateurs de l’évènement, ainsi que leurs initiatives sur les hydrofluorocarbures, comme la Global Found Chain Council et la Green Freight Initiative, visant à réduire les émissions liés au fret. Mme Royal a invité les entreprises à préparer l’après-pétrole et à ne pas les laisser « se repeindre en vert » sans prendre des engagements ambitieux. Par ailleurs, 700 maires du monde se sont réunis à Paris dans le cadre du « Sommet des élus locaux pour le climat », à l’invitation de Mme Hidalgo et de M. Bloomberg, et se sont engagés à réduire de 3,7 GT d’émissions annuelles de GES dans les zones urbaines d’ici 2030 et à soutenir un
objectif de 100% d’énergies renouvelables à 2050.

3. Veille société civile
La rencontre entre les ONG et l’Ambassadrice a permis de diminuer les critiques envers la Présidence sur les questions de transparence et d’inclusivité. Les ONG saluent avec enthousiasme la nouvelle dynamique des négociations, notamment s’agissant de la décision de négocier sur le texte incluant les rédactions de compromis ainsi que sur les pertes et dommages. Suite à la remise du prix Pinocchio à BNP Paribas et EDF hier, la critique relative aux sponsors de la COP21 est toujours présente, sans prendre une ampleur démesurée. La critique de « greenwashing » se concentre aujourd’hui sur le projet « Solutions COP21 », au lancement quelque peu chahuté, ainsi que sur l’initiative « Oil and Gas Methane Partnership » (et dans une moindre mesure « 4 pour 1000 »).

Compte-rendu réalisé par Milena Beekmann.

Dernière modification : 08/12/2015

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