COP21/CMP11 - Session de négociations climatiques à Paris (30 novembre-11 décembre) – Compte-rendu du jeudi 03 décembre

La journée du 3 décembre a été marquée par des négociations difficiles, le groupe LMDC se cristallisant sur des positions particulièrement dures. Cette intransigeance n’est pas sans conséquence pour l’unité du groupe G77+Chine, le groupe Afrique et les LMDC opposant leurs options concernant les finances et la différenciation. Le succès du Plan d’Action Lima-Paris ne se dément pas, avec une salle comble et de nombreux intervenants de haut-niveau pour les deux focus consacrés aux transports et au bâtiment.

1. Evolution des négociations

Lors du groupe de contact sous la plateforme ADP, le nicaraguayen Paul Oquist a regretté l’approche adoptée par les CPDN, qui entraîne selon lui l’effacement du concept du CBDR et ne tient pas compte de la responsabilité historique des pays développés. Il a longuement disserté sur les impacts déjà ressentis avec +1°C, alors que les CPDN nous mettent actuellement sur une trajectoire de + 3°C. Lors de cette réunion, l’Inde et l’Arabie Saoudite ont bloqué tout progrès sur les paragraphes de la décision sur le pré-2020 consacrés au dialogue facilitateur en 2018 ou 2019, prétextant qu’il n’avait pas de valeur ajoutée, voire qu’il était contraire au caractère souverain (country-driven) de l’exercice des contributions. Sur le rôle des acteurs non-étatiques, le Pakistan a pris le relais de l’Arabie Saoudite comme pays bloquant. Le Venezuela s’est lancé dans une grande intervention politique sur la différentiation (suivi par beaucoup de pays LMDC).
Si les travaux sur l’adaptation (article 4) ont connu quelques avancées, les discussions sur la transparence ont été difficiles, la Chine tentant d’introduire plus de différenciation dans sa propre option. Frustré, le facilitateur singapourien a rappelé qu’il devrait s’occuper lui-même des éléments qui n’auront pas été abordés par les Parties.
S’agissant de l’article 6 consacré aux finances, le co-facilitateur a fait part de sa grande frustration, en raison du manque d’engagement des Parties pour trouver des solutions de compromis. Cela fait notamment suite à l’introduction par les LMDC d’une option alternative, en dépit des progrès réalisés la veille au soir. Les Parties sont invitées à faire des soumissions s’agissant des points à l’ordre du jour de la COP relatifs au financement de long terme, au comité permanent des finances, au Fonds vert ainsi qu’au Fonds pour l’environnement mondial.
La journée a été particulièrement importante pour les organes subsidiaires, les sujets non-résolus devant l’être en deuxième semaine. Les travaux ont connu une nette accélération, le projet de conclusions sur les pertes et dommages ayant été adopté, tout comme celles sur le rapport du Mécanisme technologique. En revanche, les questions de revue 2013-2015 (transmise à la COP, en deuxième semaine) et de mise en œuvre de la deuxième période du protocole de Kyoto ne sont toujours pas résolues.

2. Veille géographique
Lors de différents entretiens bilatéraux, Stuart Freundel, Premier ministre de la Barbade, Kenny Anthony, Premier ministre de Sainte-Lucie, ainsi qu’Erwin La Rocque, ambassadeur de la CARICOM, ont rappelé l’importance de la question existentielle de l’objectif des 1,5°C, une ligne rouge ferme, et ont indiqué pouvoir se montrer flexibles s’agissant des pertes et dommages. Le ministre de l’Ethiopie a réitéré sa confiance en la Présidence française, qu’il estime capable de maîtriser le processus en deuxième semaine. Le Groupe Afrique s’est dit inquiet s’agissant de l’article relatif aux finances, qui semble bloqué, par « la faute des pays développés ». Lors d’une rencontre avec les pays LMDC, le malaisien Gurdial Singh Nijar a exprimé son opposition à l’implication des ministres la semaine prochaine, et Claudia Salerno, du Venezuela, a souligné les points d’organisation qui créaient des tensions, comme celui de l’accès aux salles.
Par ailleurs, la Présidence française a mené des consultations avec tous les groupes sur l’organisation du travail après la transition de l’ADP à la COP, se montrant à l’écoute des attentes de chacun s’agissant du format des néociations, des textes servant de base aux négociations, de la transparence du processus ainsi que de l’agenda.

3. Plan d’Action Lima-Paris
Le Focus Transports a également vu de nombreuses annonces d’engagement et de lancement d’initiatives, de la part de l’ensemble des segments du secteur. Mme Royal a lancé en ouverture un appel à projet pour une voiture
électrique bon marché et a annoncé un soutien financier français à l’initiative Mobilize your city. La Déclaration de Paris sur l’électro-mobilité a été annoncée. Des ministres et des représentants de gouvernements locaux ont présenté leurs politiques publiques de transformation des infrastructures de transport et d’urbanité (Suède, Mexique, Luxembourg, Rotterdam, Abidjan, Johannesburg). Le secteur privé était également représenté pour démontrer son engagement dans l’adaptation du secteur aux changements climatiques (Michelin, le chinois BYD, Renault, SNCF, RATP…).
Lors du Focus sur le Bâtiment, Mme Royal a annoncé le lancement de la Global Alliance for Buildings and Construction, déjà rejointe par plus de 70 organisations et 20 gouvernements, dont la France et le Maroc. La Ministre a également souligné que l’ADEME étudiait la création d’un Fonds mondial pour le bâtiment durable. Mme Naoki Ishii, PDG du Global Environment Facility, a annoncé le lancement de deux accélérateurs en partenariat avec le WRI et le PNUE, mobilisant déjà 23 millions de dollars pour l’efficacité des bâtiments (50 villes dont Mexico) et pour le chauffage urbain.

4. Veille société civile

Les ONG notent certains progrès (notamment sur l’objectif de long terme, sur le mécanisme de suivi et transparence des CPDN, ainsi que sur pertes et dommages), mais attendent l’accélération tant promise des négociations, rappelant qu’il est indispensable de diminuer le nombre d’options sur la table lors de la première semaine pour éviter le « syndrome de Copenhague ». Une large coalition d’acteurs (regroupant le collectif des peuples

Dernière modification : 07/12/2015

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