COP21/CMP11 - Session de négociations climatiques à Paris (30 novembre-11 décembre) – Compte-rendu du mercredi 02 décembre

1. Evolution des négociations

Si ce troisième jour de la COP21 a permis d’enregistrer quelques progrès sur certaines questions, les co-facilitateurs ont dressé un bilan d’étape en demi-teinte lors du groupe de contact, durant lequel ils ont souligné la lenteur des travaux – qui n’avaient souvent pas permis d’aborder toutes les parties du texte et de les nettoyer. Le Ministre s’est exprimé à cette occasion, se référant au mandat clair donné par les chefs d’Etat et de gouvernement lors de la journée d’ouverture afin d’exhorter les négociateurs à accélérer leurs travaux. Il a annoncé des consultations ouvertes à tous les groupes de négociation les 3 et 4 décembre, conduites par les ambassadeurs Delattre et Lacoste, avec le soutien de M. Zammit Cutajar. Il a insisté sur la date butoir de samedi midi pour clôturer l’ADP. L’ambassadrice Diseko a rappelé que le G77 ne souhaitait pas que les ministres négocient le texte en deuxième semaine. Le G77 a également demandé au Secrétariat une compilation des travaux sur le texte pour le mercredi matin, ainsi qu’une nouvelle compilation vendredi soir. Les co-facilitateurs ont fait ou vont faire des propositions textuelles de compromis.

Des progrès substantiels ont pu être enregistrés lors de certains travaux ayant repris dans la soirée. Le texte de la décision pré-2020 (WS2) est désormais plus clair, plusieurs crochets ayant été retirés, s’agissant par exemple de l’invitation aux acteurs non étatiques à communiquer leurs actions sur la plateforme NAZCA. Le Mali a présenté un texte de compromis au nom du G77 sur le soutien, proche de la zone d’atterrissage anticipée. L’article portant sur le renforcement des capacités (éducation, article 8 bis) ne contient désormais plus aucun crochet. Le mécanisme de conformité (compliance) a fait l’objet d’une rédaction plus précise suite à des travaux informels, mais la question de la composition géographique du Comité fait débat (la Chine et le Groupe Afrique préfèreraient traiter cette question après Paris). La facilitatrice adaptation (Colombie) a préparé un texte de compromis qui sera proposé aujourd’hui aux Parties. En revanche, l’ambiance a été moins positive sur les technologies (article 7), qualifiée même de « toxique » par l’Australie. La session a été marquée par des ajouts de texte sans volonté de compromis, la Chine et l’Inde se soutenant mutuellement sur une ligne dure. La Coalition des pays à forêts tropicales souhaite faire monter le sujet REDD+ au niveau politique (donc en deuxième semaine), ce qui représente un défi car l’article 3 bis est très lié à d’autres sections.

Concernant le pilier finances, Laurence Tubiana a présidé une consultation ouverte avec toutes les Parties sur le processus, à la demande du G77. Seuls les Etats-Unis et la Suisse sont intervenus pour assurer l’ambassadrice Diseko de leurs engagements. Les discussions très polarisée sur l’article 6 relatif à la finance se sont ainsi poursuivies, portant notamment sur la différenciation. Les discussions sur les méthodologies de rapportage financier des pays de l’annexe I semblent en passe d’être conclues.

S’agissant des organes subsidiaires, une première réunion informelle a été organisée, en SBSTA, sur la revue 2013-2015, durant laquelle les discussions ont été particulièrement laborieuses. Les conclusions sur le secteur des terres (LULUCF) et les mécanismes seront difficiles à rédiger étant donné l’hétérogénéité (voire l’incompatibilité) des commentaires reçus des Parties. En conclusion, et suite à une réunion ouverte du GIEC en présence de Christiana Figueres et d’Al Gore, l’idée a émergé d’élaborer un rapport dédié à la prise en compte du bilan global et à la production en continu d’informations disponibles à ce sujet.

2. Veille géographique
L’Ambassadrice Tubiana a eu un entretien avec le négociateur en chef de la Russie, Oleg Shamanov, pour qui l’accord ne peut être que juridiquement contraignant. La Russie a exprimé ses réticences sur le système de la « bulle européenne », indiquant vouloir savoir sur quoi chaque Etat membre
s’engage à l’intérieur de cette bulle. En outre, si la distinction entre pays développés et pays en développement est maintenue dans le texte de l’accord de Paris, il faudra impérativement une référence au statut des économies en transition.
Le négociateur du Koweït a été reçu par l’ambassadeur Delattre. S’exprimant au nom du groupe arabe, le pays estime que l’esprit d’inclusion et de transparence de la présidence française n’a pas porté ses fruits jusqu’à présent. Il a également regretté que le groupe arabe n’ait pas été consulté par les co-facilitateurs chargés du pré-2020 (WS2), au contraire des autres coalitions - on peut y voir une des raisons de l’attitude très bloquante du groupe sur ce sujet ces jours-ci. Selon le Koweït, les co-facilitateurs doivent permettre l’avancée de la négociation et non plus l’échange de concepts, notamment par l’affichage du texte à l’écran.
En coordination de groupe, l’Union européenne fait état d’un début de semaine difficile et se montre préoccupée : certaines Parties ne veulent manifestement pas avancer. L’UE a fait des propositions mais souligne le manque de flexibilités de ses interlocuteurs, notamment sur le mécanisme de révision quinquennale des engagements (une de ses priorités), la forme juridique, les pertes et dommages et l’adaptation.

3. La société civile
Dans l’ensemble, les progrès dans la négociation sont considérés comme “mitigés” par les ONG, qui notent quelques progrès sur les pertes et dommages, mais considèrent que les principales questions comme les finances et l’objectif de long terme (1,5°C et 100% renouvelables) demeurent non résolus. Elles attendent un réveil de l’UE (« EU should not be a deal taker, but a deal maker », selon le réseau Climate Action Network), qui pourrait retrouver son rôle de pont entre « le Nord et Sud ».

4. Plan d’Action Lima-Paris
Lors de la session « Eau » du Focus Résilience ont eu lieu très nombreuses annonces d’engagements et lancement d’initiatives. Mme Royal et M. Pulgar Vidal y ont signé le Pacte de Paris pour l’eau et l’adaptation dans les bassins versants, qui réunit désormais plus de 305 organisations signataires, ainsi que 87 pays. Le gouvernement indien a annoncé trois nouveaux programmes, de gestion durable des eaux souterraines, de nettoyage des grands bassins versants, et d’amélioration de l’accès à l’eau dans les zones rurales (22 milliards de dollars). Suez Environnement, CDP Water et le Global Compact des Nations Unies ont lancé la « Business Alliance for Water and Climate Change », qui rassemble 27 entreprises pour une meilleure gestion des ressources en eau. La session « Océan » du Focus Résilience, consacrée à l’enjeu majeur de la préservation des océans, a été ouverte par Valérie Masson-Delmotte. A cette occasion ont été présentés les engagements de réduction d’émissions du transport maritime international, ainsi que les programmes de conservation des zones côtières et maritimes mis en oeuvre dans les zones vulnérables. Mme Royal a signé une convention avec le Président de la Polynésie française sur les « aires maritimes éducatives » avant le discours de conclusion de Manuel Pulgar Vidal, qui a salué les résultats du LPAA.
L’initiative CREWS a été présentée par Annick Girardin, ainsi que « Great Green Wall for the Sahara and Sahel », visant à protéger les populations de la désertification, par la Banque mondiale, et enfin la plate-forme collaborative A2R, par Janos Pasztor, sur l’anticipation des risques climatiques.

Dernière modification : 04/12/2015

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