Article de l’Ambassadeur de France sur l’état des relations bilatérales franco-kazakhstanaises et les perspectives de leur développement

Version française de l’article de l’Ambassadeur de France au Kazakhstan, M. Jean-Charles Berthonnet, "Paris and Astana : Dialogue, Cooperation and Exchanges to Grow", paru le 2 septembre 2011 dans le journal "The Astana Times".

Je suis arrivé à Astana en septembre 2009, dans l’avion qui transportait la "mission préparatoire" (advanced team) de la visite du Président Sarkozy. J’étais alors "Ambassadeur désigné" mais pas encore formellement en fonction. J’ai eu la chance de participer à la préparation et à la visite elle-même. Je suis ensuite revenu début novembre 2009, cette fois muni de mes lettres de créance.

Cette visite du 6 octobre 2009 a été le point de départ d’une formidable accélération des relations franco-kazakhstanaises dans tous les domaines, même si notre accord de partenariat stratégique a été signé dès juin 2008.

Les deux Présidents : Nursultan Nazarbaev et Nicolas Sarkozy se comprennent et s’apprécient ; ils ont pour point commun de préférer les réalisations concrètes aux déclarations sans lendemain. Nos deux pays sont certes très éloignés l’un de l’autre et ils sont fortement engagés dans des structures d’intégration régionale : l’Union Européenne pour la France, l’Union douanière pour le Kazakhstan. Mais précisément ils n’entendent pas se limiter à la nécessaire coopération avec leur "étranger proche" ; ils ont aussi des intérêts globaux et entendent assoir leur développement et leur sécurité sur des relations diversifiées, "multivectorielles" selon l’expression consacrée ici au Kazkahstan.

Nos deux pays sont très attachés, dans le respect de leurs alliances, à leur indépendance et à leur souveraineté nationale. L’héritage gaulliste reste une source d’inspiration pour la diplomatie française et les défis qu’a dû relever le Président Nazarbaev, au moment de la désintégration de l’URSS ne sont pas sans rappeler ceux auxquels le Général de Gaulle a été confrontés au moment de la décolonisation. Il y a déjà à Astana une "avenue du Général de Gaulle" ;je trouve personnellement que l’érection d’une statue représentant l’ancien chef de la France libre aurait une forte portée symbolique.

Il y a donc de fortes affinités politiques entre nos deux pays. On ne peut pas ne pas constater le prestige croissant du Kazakhstan en Asie centrale et sur la scène internationale. C’est donc tout naturellement que la France a soutenu la candidature du Kazakhstan à la présidence de l’OSCE ainsi que le projet de sommet de l’organisation qui a été parfaitement organisé, à Astana, les 2 et 3 décembre dernier, malgré les rigueurs de l’hiver dans la steppe kazakhe.

Très symbolique également est le fait que le Kazakhstan a ensuite exercé la présidence de l’organisation de la conférence islamique, dont la réunion ministérielle s’est tenue à Astana à la fin du mois de juin dernier. Le Kazakhstan est un pays où vivent en harmonie de nombreuses communautés ethniques et toutes les grandes religions. La situation au moment de la disparition de l’URSS n’était pas simple, voire elle était explosive et c’est le mérite du Président Nazarbaev d’avoir déployé tous ses efforts pour créer et maintenir jusqu’à aujourd’hui cette harmonie. En tant que pays exerçant la présidence de l’OCI, le Kazakhstan peut faciliter, au plan international, le rapprochement entre les religions et les civilisations, porter un message de modération et de tolérance, dans l’esprit de la réunion tri-annuelle du "Congrès international des religions traditionnelles" (la prochaine est prévue en 2012).

Nos relations économiques sont particulièrement dynamiques et diversifiées. De grands opérateurs français, qui sont parmi les leaders mondiaux dans leurs secteurs, tels que Total ou Areva, participent à l’exploration et à l’exploitation des immenses ressources que recèle le sous-sol kazakhstanais. Ils le font dans un esprit de partenariat avec les entreprises nationales kazakhstanaise (Kazmunaigaz et Kazatomprom) et en ayant le souci de former et recruter un maximum de collaborateurs kazakhstanais, de promouvoir ce qu’on appelle le "contenu local". Mais depuis plusieurs années, on a vu arriver au Kazakhstan d’autres opérateurs, qui ont compris l’ambition qui est celle du Président Nazarbaev de diversifier, d’industrialiser l’économie nationale, de lui donner un fort contenu en technologies de pointe et de développer l’innovation dans tous les secteurs.

C’est ainsi que Thalès, EADS ou Alstom sont en train d’investir au Kazakhstan, pour assembler des radios cryptées des satellites, des hélicoptères et des locomotives électriques. Alstom s’est vu confier la construction du tramway d’Astana. Danone et Lactalis produisent directement dans leurs installations kazakhstanaises une gamme variée de produits laitiers.

Il y a encore, j’en suis persuadé, bien d’autres domaines où nous pourrions coopérer davantage, par exemple dans celui de l’élevage, les éleveurs français n’étant pas aussi actifs au Kazakhstan que leurs concurrents nord-américains. Il y a beaucoup d’universités étrangères représentées au Kazakhstan, mais pas encore d’université française : c’est un point qui a été discuté lors des récentes visites à Paris du Président Nazarbaev (27 octobre 2010), puis du Premier Ministre Karim Massimov (27 juin 2011). Nous Français devont être plus actifs pour promouvoir notre savoir-faire en matière d’études universitaires, d’apprentissage de la langue française. L’anglais est assurément utile pour prendre part à la compétition économique mondiale, mais le français donne accès à une culture et à des valeurs universelles et permet aussi d’être associé à tous les projets de coopération que j’ai cités plus haut.

L’organisation, en 2013 et 2014, de "saisons culturelles croisées", va créer les conditions d’une meilleure connaissance réciproque de nos deux peuples, de ce qu’ils ont apporté et apportent aujourd’hui à la création culturelle.

L’ouverture je l’espère prochaine d’une liaison aérienne directe entre Paris et Astana favorisera l’essor du tourisme, autre secteur qui recèle un important potentiel encore inexploré dans les deux sens.

Enfin je tiens à relever l’importance stratégique de l’accord de transit militaire qui va entrer sous peu en vigueur et qui facilitera grandement la mission des forces française déployées en Afghanistan, dont le retrait s’achèvera, comme celui de l’ensemble de la coalition internationale, en 2014.

Le Président Sarkozy a été l’un des premiers chefs d’Etat à féliciter le Président Nazarbaev à la suite de sa réélection, le 3 avril dernier. Dans sa lettre il écrit notamment :"Je sais que I’un des chantiers prioritaires de votre nouveau mandat est de donner une forte impulsion aux réformes politiques. Dans le monde troublé où nous vivons, nous sommes conscients que les réformes sont indispensables pour répondre aux espérances et aux inquiétudes de nos peuples". Cette nécessité de réformes permanentes s’impose y compris en France, alors que nous sommes confrontés à l’une des plus graves crises financières de l’histoire de l’Europe occidentale. Je suis persuadé que le dialogue politique et stratégique, la coopération économique, les échanges intellectuels et culturels entre nos deux pays vont connaître de nouveaux développements importants dans les prochains mois et prochaines années.

Jean-Charles BERTHONNET, Ambassadeur de France au Kazakhstan.

2 septembre 2011

Dernière modification : 13/09/2011

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