Allocution de Manuel Valls à l’Université d’été du Medef (27 août 2014)

Allocution de Manuel Valls à l’Université d’été du Medef
27/08/2014

Monsieur le président,
Mesdames, messieurs les chefs d’entreprises,
Mesdames, messieurs,

Merci pour votre accueil et pour cette invitation… qui date d’il y a quelques
semaines déjà. Une invitation que j’ai acceptée très spontanément, monsieur le
président. Car c’est le rôle du Premier ministre de la France de venir à la rencontre
des forces vives de la nation. Et donc de venir à la rencontre des chefs d’entreprise et
des entrepreneurs. D’ailleurs, mon premier déplacement en tant que Premier
ministre, c’est dans une entreprise que je l’ai fait, au centre de recherche de Thalès, à
Gennevilliers.

Je sais qu’il est d’usage d’opposer la gauche et le monde de l’entreprise… C’est un
vieux refrain … Mais justement, ce que je crois profondément, c’est que notre pays a
besoin de sortir des postures, des jeux de rôle auxquels nous sommes tellement
habitués. Ces jeux de rôle où chacun se lamente, croit savoir ce que l’autre va dire,
avant même qu’il n’ait parlé. Tout cela nous a fait perdre trop de temps … Alors, je le
dis : cessons d’opposer systématiquement ! D’opposer Etat et entreprises ! D’opposer
chefs d’entreprise et salariés ; organisations patronales et syndicats ! Cherchons
plutôt à coopérer, à trouver des chemins qui servent l’intérêt général. C’est cela
prendre ses responsabilités. Et la situation de la France l’exige.
J’ai accepté, je le disais, très spontanément votre invitation, monsieur le président.
Mais, ni vous, ni moi, n’imaginions alors que cette rencontre se déroulerait dans un
tel contexte : juste après le premier Conseil des ministres d’un nouveau
gouvernement.

Vous connaissez les raisons qui ont conduit à la formation de cette nouvelle équipe.
J’ai eu l’occasion, hier soir, de les détailler devant les Français. Le Chef de l’Etat l’a
rappelé ce matin.
Le choix de ce nouveau gouvernement, c’est le choix de la clarté et de la cohérence
dans la mise en oeuvre des orientations économiques arrêtées par le Président de la
République.

Le gouvernement est au travail pour accélérer le rythme des réformes, pour faire
avancer notre pays. Et ces réformes, elles doivent recueillir l’approbation du
Parlement. Cela a été le cas pour le Pacte de responsabilité et de solidarité. Et je me
suis investi pour expliquer, pour convaincre. Sur les bancs de l’Assemblée nationale,
du Sénat, beaucoup d’élus connaissent bien la vie des entreprises et le tissu
économique des territoires. C’est une chance pour notre pays. Et moi je défendrai
toujours le travail des parlementaires. Ils travaillent pour la France, pour l’intérêt
général, et pour les Français qui les ont élus.

Cohérence et clarté, voilà l’état d’esprit qui est le mien, aujourd’hui, devant vous,
pour ce moment d’échange. Un moment aussi de franchise, car je crois que nous
pouvons nous dire les choses très directement.

I. La France a besoin de ses entreprises

a. Ce sont elles qui créent de la richesse.
Je le dis et je l’assume : la France a besoin de vous ! La France a besoin de ses
entreprises, de toutes ses entreprises (entreprises individuelles, PME, Start-ups,
grands groupes). Car ce sont les entreprises qui, en innovant, en risquant les capitaux
de leurs actionnaires, en mobilisant leurs salariés, en répondant aux attentes de leurs
clients, créent de la valeur, génèrent des richesses qui doivent profiter à tous. Moi
j’aime l’entreprise. Une immense majorité de nos concitoyens y travaillent. Beaucoup
s’y épanouissent. Certains, il ne faut pas le nier, y rencontrent des problèmes. Parfois
des souffrances. Mais reste que les Français ne s’y trompent pas. L’institution qui
arrive en tête dans les sondages d’opinion, ce sont les PME, les PMI, et ce avant
même la police ou l’armée.

b. Ce sont elles qui créent de l’emploi.
Ce sont les entreprises qui créent des emplois. Combien d’entre vous se battent pour
préserver les emplois, motiver et rassurer, malgré une conjoncture morose. Je le dis
depuis des années dans ma famille politique : il n’y a pas d’emplois sans employeurs.
C’est pourquoi il est absurde de parler de « cadeau fait aux patrons ». Une mesure
favorable aux entreprises, c’est une mesure favorable au pays tout entier. Les
entreprises n’appartiennent pas aux seuls entrepreneurs ou à leurs actionnaires. Elles
appartiennent aussi aux cadres, aux ingénieurs, aux techniciens, aux ouvriers, bref, à
l’ensemble des salariés qui les font vivre.

c. Ce sont elles qui permettent l’innovation.
Les entreprises, ce sont celles qui produisent. Produire. Voilà un joli mot. Les
entreprises, c’est aussi l’innovation. Celle qui s’appuie sur la recherche et
développement des grands groupes et leurs sous-traitants ; l’histoire industrielle de
notre pays est jalonnée de grands succès que nous connaissons tous : dans le
nucléaire, l’aéronautique, l’espace, le ferroviaire, la santé, l’automobile...
L’innovation nait aussi dans les « jeunes pousses » qui suscitent tant d’espoir pour
demain. Et nous avons la chance, en France, d’avoir l’un des viviers de start-ups les
plus dynamiques au monde. Les 34 plans de la nouvelle France industrielle – animés
par certains d’entre vous – permettent d’accroître encore ce dynamisme dans les
filières d’avenir. Et il ne manquerait pas grand-chose pour qu’en France, je le sais,
puisse éclore un grand succès de la haute technologie.
Créer, innover, produire, investir, réinvestir, lancer de nouveaux produits, voilà
encore des jolis mots !

d. Elles contribuent à l’aménagement et la cohésion de nos territoires.
Les entreprises, c’est aussi l’organisation, la cohésion, l’identité de nos territoires.
Cela m’a beaucoup frappé lorsque j’ai visité récemment l’usine d’eau minérale à
Volvic, ou quand je suis allé au Creusot, voir la forge d’AREVA. J’y ai vu des femmes
et des hommes fiers de leur outil de travail. Le Creusot, c’est une ville toute entière
construite autour de ses usines. Les entreprises bénéficient des infrastructures
construites par les collectivités ou l’Etat, de la main d’oeuvre locale formée dans nos
écoles, nos universités, de l’environnement économique structuré par les élus. Le
maire, le président de communauté d’agglomération que j’ai été le sait bien :
l’implantation d’une entreprise, c’est important pour l’emploi mais aussi pour la vie
des habitants et le dynamisme d’un territoire. Et je sais combien les élus locaux,
partout en France, se mobilisent.

e. Ce sont l’image et la force de la France dans le monde.
Les entreprises participent à la force et à l’image de la France dans le monde. Nos
grands groupes, nos entreprises de pointe, nos marques (Total, l’Oréal, Carrefour,
Accord, Alstom…) sont connues et admirées dans le monde entier. Et les Français
considèrent à raison que c’est une partie de notre patrimoine.
Oui, la France a besoin de ses entreprises. Elle doit savoir être à vos côtés, vous
soutenir, vous aider, notamment parce que la concurrence mondiale ne vous fait
aucun cadeau, et parce que de nouveaux marchés s’ouvrent. Les autres pays,
surtout les plus grands d’entre eux, n’hésitent pas à soutenir leurs entreprises.
Nous vivons dans une économie de marché, dans un monde globalisé… Si si, dans
un monde globalisé. Certains le nient, mais c’est la réalité. Et la France n’a donc
pas à faire exception ! Car quand les entreprises gagnent, c’est la France qui gagne.

II. Nous aidons nos entreprises et continuerons à le faire : le sens des réformes engagées

a. Compétitivité des entreprises, restauration de leur capacité à investir.
Cette conviction, le Président de la République l’a toujours eue. Parce que nous avons
un problème de compétitivité depuis le début des années 2000. Les faits sont là : les
marges qui diminuent, les déficits de la balance commerciale qui se creusent, le
différentiel croissant avec l’Allemagne, qui elle, a su mener les réformes nécessaires…
Dès novembre 2012, le Chef de l’Etat a décidé la mise en place du Crédit impôt
compétitivité emploi (CICE), aujourd’hui pleinement effectif. Je me souviens de ce
chef d’entreprise d’une PME sous-traitante automobile, le groupe SACRED que j’ai
rencontré dans l’Eure. Grâce au CICE, ce dirigeant a pu investir dans des machines outils
essentielles pour le développement de l’activité.
Puis le CICE a été complété par le Pacte de responsabilité et de solidarité, dont je
vous rappelle que les députés de la majorité ont voté la tranche 2015 en juillet. Et je
me suis engagé par écrit auprès de vos représentants sur les tranches 2016 et 2017.
J’ai lu avec intérêt, hier, dans le journal Le Monde, l’interview d’Henri de CASTRIES
qui ne voyait encore aucun allégement dans son entreprise. C’est sans doute vrai car
nous avons décidé d’en faire bénéficier prioritairement, en 2015, les petites et
moyennes entreprises et les 80% de salariés qui gagnent jusqu’à 3,5 fois le SMIC. Ce
n’est visiblement pas le profil d’AXA.
Mais, au total, ce sont plus de 40 milliards d’euros de baisse en 4 ans sur les
prélèvements touchant les entreprises. 40 milliards pour qu’elles gagnent en
compétitivité, qu’elles puissent investir, repartir à la conquête de parts de marché, et
embaucher. 40 milliards, ce n’est pas rien ! Cela représente 2 points de PIB. C’est plus
de 15 points d’autofinancement supplémentaire. Dès 2015, ce sera pour nombre de
salariés l’équivalent de 10 points de cotisations sociales en moins.
Des engagements importants sont pris : baisse du coût du travail, suppression de la
C3S, baisse de l’impôt sur les sociétés. Ces engagements seront mis en oeuvre. C’est
nécessaire car récemment les impôts ont trop augmenté. La responsabilité est
collective. 30 milliards de la droite, puis 30 milliards de la gauche.
Mais, il n’y a pas que les impôts et les cotisations sociales qui pèsent sur notre
économie. Certaines formalités excessives sont aussi coûteuses et pénalisantes. Les
entreprises comme les ménages en sont victimes. Nous nous y attaquons. Une charte
du contrôle fiscal entrera prochainement en vigueur et un médiateur sera mis en
place. Avec le Conseil de la simplification, co-présidé par Laurent
GRANDGUILLAUME et Guillaume POITRINAL, et avec Thierry MANDON,
aujourd’hui auprès de moi, nous allons faire adopter au Parlement une loi prévoyant
de nombreuses mesures de simplification pour les entreprises. De même, 50 autres
mesures sont en train d’être mises en oeuvre dans le secteur du bâtiment et de la
construction ; un secteur vital pour notre économie et qui doit faire l’objet d’un
véritable plan de mobilisation que j’annoncerai après-demain.
Je souhaite que cette action de simplification soit systématique, dans tous les
domaines.
Cela inclut le code du travail, mais suppose une méthode sur laquelle je serai
extrêmement vigilant : la négociation et la recherche d’un accord. Vos représentants
participeront à des négociations qui vont s’ouvrir sur la représentation des salariés
et le dialogue social. Ces négociations poseront aussi la question des seuils. Cette
réforme ne peut réussir que si la négociation réussit. Et la négociation doit réussir,
comme les partenaires sociaux ont su réussir des réformes importantes depuis deux
ans. Je pense notamment à la sécurisation de l’emploi ou la formation
professionnelle.
Et pour réussir une négociation – tous ceux qui négocient dans leur entreprise le
savent – il faut trouver un équilibre entre les engagements des uns et des autres. La
protection des salariés est globalement élevée dans notre pays. Les salariés y sont
attachés, c’est bien normal. Mais certaines adaptations sont possibles. Sur ces
questions, il y a un chemin pour un accord profitable à tous, j’en suis persuadé. A
vous maintenant de faire le nécessaire pour le trouver, avec les partenaires qui y sont
prêts. Et – je m’y engage – le Gouvernement en tirera toutes les conséquences
législatives dès lors qu’un accord aura été trouvé.

b. Stabilité fiscale.
La clarté et la cohérence que j’évoquais valent en particulier pour les questions
fiscales. Dans ce domaine, il faut de la stabilité, de la visibilité. Et les actions mises en
place – réforme de l’Etat, réforme des collectivités territoriales, et notamment cette
"impossible" réforme des régions que nous sommes en train de faire, réforme de
notre système de santé – illustrent notre détermination à réduire la dépense publique
et donc à baisser de façon crédible les déficits et les impôts. Nous ne dévierons pas de
ce cap !
Je sais qu’en 2012, certains d’entre vous aviez douté de la sanctuarisation du Crédit
impôt recherche. Le Président de la République a démontré sa détermination. Deux
ans plus tard, cette détermination est toujours intacte.

c. Poursuite des réformes.
Cette détermination vaut pour les questions fiscales, comme pour l’ensemble des
réformes que nous entreprenons. Ces réformes, elles sont attendues. Elles
permettront de rendre notre économie plus souple, plus réactive.
Nous allons accroître la concurrence, alléger certaines règles, je pense à celles
relatives au travail du dimanche ou à l’urbanisme commercial. C’est un fait : le droit
actuel maintient des prix artificiellement élevés, freine les initiatives. Des milliards
d’euros de pouvoir d’achat peuvent être redonnés aux Français !
En d’autres termes, nous agissons aussi sur la demande, ce que ce gouvernement n’a
jamais cessé de faire. Car enfin, l’économie avance toujours sur deux jambes ! Et il
faut être pragmatique. La politique du gouvernement c’est donc et l’offre et la
demande, avec un équilibre dont je suis le garant.

d. Attractivité de la France.
Notre politique économique, c’est également rendre à la France son attractivité. C’est
bien sûr promouvoir le secteur du tourisme, qui est essentiel pour notre économie, et
pour lequel le ministre des Affaires étrangères et du Développement international,
Laurent FABIUS, est pleinement mobilisé. Notre pays souffre à l’étranger d’un
"déficit d’image" – pour reprendre un terme qui vous est familier. Même si nous
avons de nombreux atouts (nos infrastructures, nos services publics, notre système
de santé, …), notre droit du travail est perçu comme contraignant, nos prélèvements
comme trop lourds, et nos dépenses publiques comme trop élevés. Mais n’oublions
pas non plus les atouts que sont nos ressources humaines, bien formées, créatives.
J’ai d’ailleurs relevé, hier, qu’Henri de CASTRIES disait que lorsqu’il développait de
nouvelles activités, il considérait que Londres était, du point de vue de la taxation,
plus attractive que Paris. Disons que, vu du salarié, ce jugement peut être fortement
modifié lorsqu’il découvre le coût du logement, de la santé, de l’école, de l’énergie ou
des transports…
Notre déficit d’image, nous le devons aussi à d’autres raisons… et en particulier ce
penchant français au dénigrement collectif. Sur ce sujet, j’ai noté pour une fois les
propos de Pierre GATTAZ rappelant récemment que le CICE et le pacte vont dans la
bonne direction. Je préfère cela aux propos qui stigmatisent systématiquement notre
pays.
C’est à nous tous de faire la promotion de la France, d’en rappeler aussi les atouts, et
pas seulement les difficultés.
D’ailleurs, il est frappant de constater que nombre d’entreprises étrangères installées
en France, ont une bonne image de notre pays. Elles savent faire la part entre les
apparences et la réalité. A nous d’en faire autant ! A nous de faire connaître,
d’expliquer nos réformes et la politique économique que nous menons.

e. Mais rien n’est possible sans une initiative pour la croissance au niveau
européen.
Mais pour que cette politique économique produise ses effets, il faut également que
les leviers européens soient actionnés.
Aujourd’hui, la zone euro est la région du monde où la croissance est la plus faible. A
vrai dire, elle est quasiment nulle. La demande est en particulier en panne presque
partout. La France ne peut plus agir seule, comme elle le fait depuis 30 ans, et
continuer à creuser davantage son double déficit, extérieur et budgétaire. Comme l’a
souligné Mario DRAGHI à Jackson Hole, la semaine dernière, nous pouvons avoir
des politiques budgétaires européennes plus favorables à la croissance. C’est un
soutien global de la zone euro à sa demande intérieure qui est nécessaire.
L’investissement a fortement chuté en Europe depuis la crise. La commission
européenne doit donc s’engager en faveur de l’investissement public et privé. Les
300 milliards d’euros sur 3 ans annoncés par Jean-Claude JUNCKER, le 15 juillet,
doivent être précisés.

Ensuite l’euro est surévalué. C’est mauvais pour nombre de vos entreprises. C’est
mauvais pour la croissance. Je l’ai dit dès début avril, mais je le dis à nouveau. La
banque centrale européenne a fait un mouvement positif début juin. Devant la
faiblesse de la reprise économique, devant le niveau élevé de l’euro, devant le
risque de déflation dans certains pays de la zone euro, la BCE a agi pour soutenir
la croissance. L’euro s’est déprécié de 6% depuis avril par rapport au dollar, sans
intervention directe sur les marchés. Mais il faut aller plus loin, plus vite,
notamment parce que l’inflation est trop faible. Je fais toute confiance à la BCE
pour remplir son mandat d’une inflation proche de 2% en utilisant tous les
moyens à sa disposition. Mais le temps presse !

Il doit y avoir une réduction des déficits publics en Europe et tout particulièrement en France, je ne le discute pas. Nous vivons au-dessus de nos moyens depuis 40 ans. Et depuis 2008, notre déficit est au-dessus des 4%. Quant à notre niveau de dépenses publiques, il correspond à 57% de la richesse que nous produisons. Pour autant, le rythme de cette réduction doit être adapté à la situation économique actuelle. Elle est exceptionnelle, elle doit donc donner lieu à des réponses exceptionnelles. Il ne s’agit pas de se défausser en demandant de changer les règles, en laissant filer les déficits, en s’exonérant des réformes nécessaires, ou bien encore en montrant du doigt l’Allemagne. Il s’agit de regarder les choses en face : aujourd’hui, la faiblesse de l’inflation, l’absence de croissance, alors que la crise frappe depuis 6 ans, sont des circonstances exceptionnelles. Il faut les prendre en compte. Faire de nouvelles économies pour compenser l’effet d’une inflation trop basse et d’une croissance pas encore au rendez-vous, ce serait créer de l’austérité, appuyer sur le frein pour l’ensemble des pays de l’Union. Ce serait finalement mettre en danger le projet européen ; un projet qui n’est pas seulement un grand marché, mais aussi un grand dessein.

III. Ce que la France attend de ses entrepreneurs et de ses entreprises.

a. Les entreprises doivent s’engager pour l’emploi
Mesdames, messieurs,
Ce gouvernement agit pour les entreprises. La nation a consenti un effort
important. Les Français, qui sont aussi des contribuables, attendent en retour que les chefs d’entreprise et leurs représentants agissent avec responsabilité. Cette attente est légitime.
D’abord, comme vous le savez, vous êtes attendus sur l’utilisation que vous ferez des
40 milliards du CICE et du pacte. Les entreprises sont diverses ; aucune n’est
comparable. Les possibilités sont donc nombreuses : améliorer vos marges, investir,
embaucher, former les apprentis qui seront votre compétitivité de demain, baisser
vos prix, mais aussi rémunérer davantage vos salariés. La somme de vos décisions
sera un révélateur. Et les pouvoirs publics, comme nos compatriotes, seront
particulièrement attentifs. Les Français n’admettraient pas – et ils auraient raison –
que les dividendes versés ou que les plus hautes rémunérations explosent.
Pour mettre en oeuvre ces engagements, les partenaires sociaux ont décidé d’ouvrir
des négociations branche par branche. Cette décision date du 5 mars ; nous sommes
fin août. Et je dois vous le dire avec franchise, comme vous avez-vous-même fait
preuve de franchise tout à l’heure : trop peu de branches ont commencé ces
négociations, et a fortiori les ont conclues. Le ministre du Travail réunira les
partenaires sociaux le 10 septembre pour faire un point d’avancement pour les 50
principales branches. Moi-même, je réunirai en octobre le comité de suivi du Pacte.
Mais je le dis, vous devez faire plus et plus vite.
Les Français attendent beaucoup de nous, de nous tous, sur notre capacité à nous
réformer. Vous critiquez parfois la sphère publique, et la lenteur de ses réformes …
et vous avez parfois raison. Mais vous devez aussi montrer l’exemple. Un exemple
bien connu, c’est le nombre des branches qui structurent notre espace économique et
social, les conventions collectives : 700 ! C’est trop ! Tout le monde est d’accord là dessus.
Il faut simplifier, alléger et regrouper des branches. Et là, c’est vous qui avez
la main !

b. La France a besoin d’un patronat engagé
Mesdames, messieurs les chefs d’entreprise,
Je vous rencontre souvent, et je constate que les entreprises qui réussissent le mieux
sont celles qui ont su s’adapter à l’économie mondialisée.
Se développer à l’international est souvent une étape décisive que nombre d’entre
vous ont franchie avec succès. Pour d’autres, le marché local semble déjà un objectif
suffisant et le développement international un but inatteignable. L’Etat a alors un
rôle à jouer.
Et il s’organise avec la fusion d’UBIFRANCE et de l’AFII. Les ministres doivent aussi
être le VRP de la France et de ses entreprises à l’étranger. Et c’est ce même message
que je délivrerai demain en clôture de la conférence des ambassadeurs.
Nous ne devons pas douter. Nous devons agir. Vous l’avez dit vous-même,
Monsieur le Président. Je vous cite : la France, et donc ses entreprises, ses syndicats,
ses salariés, doivent "arrêter de se plaindre et d’attendre, se bouger, se prendre en main,
réagir".
Voilà l’état d’esprit que nous attendons de tous, pour relever la France. Nous
devons agir avec responsabilité, patriotisme, et confiance dans l’avenir.
Car la France a des ressources où puiser pour se renouveler, comme elle l’a fait mille
fois par le passé : sa démographie, ses travailleurs qualifiés, volontaires, créatifs. Ses
infrastructures, qui fournissent aux entreprises une aide considérable.
J’en appelle donc à la mobilisation de toutes les énergies, à poursuivre ensemble le
travail.
La France a tant d’atouts. Tant d’avantages compétitifs ! A nous, à vous de vous en
saisir pour faire gagner notre pays !

Dernière modification : 03/09/2014

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