70e Assemblée générale des Nations unies - Dérèglement climatique - Conférence de Paris pour le climat - Conférence de presse de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, président de la Conférence de Paris pour le climat (New York, 26 septembre 2015)

Mesdames et Messieurs,

Merci beaucoup d’être là. Comme je le fais chaque année au moment où j’arrive à cette Assemblée générale des Nations unies, je voulais vous réunir pour faire le point sur les thèmes, les événements principaux de cette semaine. Étant observé que je suis ensuite bien sûr à votre disposition pour répondre à vos questions.

Il y a plusieurs représentants du gouvernement qui sont présents et le président de la République arrive lui tout à l’heure. Cette session de l’Assemblée générale des Nations unies va être d’abord placée, à la fois pour les Nations unies et pour la France, sous le signe du climat et du développement.

L’année 2015 peut et doit constituer un tournant. Nous allons accueillir à la fin de l’année la conférence de Paris, que je présiderai ; nous sommes activement optimistes. Mais il reste du travail à faire. D’ailleurs, cette année 2015 est marquée par quelques évènements très importants sous l’égide des Nations unies. En juillet, il y a eu la conférence d’Addis-Abeba, qui a permis d’avancer sur les questions générales de financement du développement. Ici, dans les heures qui viennent, nous allons définir ce qu’on appelle des nouveaux objectifs de développement durable, qui incluent pour la première fois la protection de l’environnement. Et puis en décembre lors de la COP21, nous espérons parvenir à un accord universel qui permette de limiter le réchauffement climatique à 1,5° ou 2°C d’ici 2100. Et donc, quand on regarde l’ensemble de l’année : Addis-Abeba, New York, Paris : c’est une sorte de « triangle du basculement » qui, espérons-le, doit faire de 2015 le début d’une période nouvelle, où, à la fois, la préservation de la planète et le combat pour le développement sont conçus et conduits ensemble.

Demain, à l’occasion du Sommet sur l’agenda 2030 du développement durable, un document final va être adopté par les chefs d’État et de gouvernement. Il n’y a pas de suspense, puisque ce document - on s’est mis d’accord au préalable sur lui - va se substituer à ce qu’on appelait les « Objectifs du Millénaire ». Il est le fruit de deux années de négociations et d’un processus international extrêmement fouillé. Et, si vous l’analysez, il donne une vision assez renouvelée des objectifs, notamment parce qu’il intègre toutes les dimensions du développement durable. Il tend à dépasser la division Nord/Sud et, nous sommes particulièrement satisfaits de ce document, puisqu’il a reflété ce que sont les priorités de la France : notamment, la prise en compte de la dimension climatique et environnementale, de la gouvernance, des enjeux liés à l’égalité entre les femmes et les hommes, de la santé, de la couverture sanitaire universelle. Et, donc tous ces thèmes qui nous sont chers, vont permettre de faire un pas en avant en vue de la COP21.

La COP21, que maintenant mes collègues appellent la Conférence de Paris, va débuter dans près de deux mois, le 30 novembre. Cette Assemblée générale des Nations unies, comme l’an dernier, doit permettre de mobiliser au plus haut niveau et d’avancer sur un ensemble de sujets clés. Il est probable que le temps fort de cette semaine, de ce point de vue-là, sera le déjeuner des chefs d’État et de gouvernement, qui va avoir lieu demain dimanche. C’est une initiative qui a été prise à la fois par le Secrétaire général des Nations unies, par nos prédécesseurs péruviens et par nous-mêmes, et cela va réunir une trentaine de chefs d’État et de gouvernement, parmi lesquels le président Xi Jinping, la présidente Dilma Rousseff, le président du Mexique, etc...

Et, la question du climat va être abordée sous deux angles : l’ambition - quels sont les objectifs que nous poursuivons - et les actions. L’ambition, c’est-à-dire : le respect d’un réchauffement maximum à 1,5° ou 2° C. Un autre point auquel nous tenons beaucoup, qui est la clause de révision périodique à la hausse des engagements, et puis l’ambition à long terme. Les actions, ce sont à la fois la solidarité financière et technologique, les initiatives immédiates et concrètes que l’on peut prendre. Par exemple, le Premier ministre indien est très insistant, à juste raison, sur le solaire. L’Allemagne a proposé un mécanisme d’assurances. La France a proposé un mécanisme d’alertes sur les catastrophes climatiques. Il y a toute une série de travaux sur l’énergie en Afrique. Et donc tout cela va être abordé, même si ce sera rapide. Il y aura à l’issue de ce déjeuner, un compte rendu qui sera fait, notamment par le président de la République, et je pense que cela devrait avoir, en tout cas nous l’espérons, un retentissement important. Le président français interviendra à nouveau lundi et, dans son discours à l’Assemblée générale, il aura l’occasion de préciser l’important effort de la France sur les financements climat. Puisque vous savez que la question des financements est évidemment tout à fait décisive.

Un mot sur l’état des négociations. À ce jour, les engagements nationaux, puisque vous savez que c’est la première année où chaque pays doit annoncer son engagement, ce qu’il prévoit pour la période jusqu’en 2025 ou 2030. Et, au moment où je m’exprime, 80 pays représentant près de 70% des émissions mondiales ont déjà présenté leur engagement national. 80 pays cela ne fait pas 190, mais c’est un mouvement sans précédent. Et dans les jours qui viennent, nous allons avoir encore des engagements, ce qu’on appelle des INDC, des contributions qui vont être déposées.

D’autre part, il y a un certain nombre de compromis qui se dessinent sur de grands points politiques de la négociation - et sur ce point de vue-là, vous avez peut-être pris connaissance de la déclaration sino-américaine, qui évidemment va dans le bon sens. Et puis, nous espérons que les annonces seront faites dans les prochaines semaines par les pays riches concernant les pays en développement. Cela aidera dans la négociation. Et enfin, tout ce qu’on appelle les acteurs non gouvernementaux - villes, régions, entreprises - sont de plus en plus mobilisés. C’est ce qui me permet de dire, tout en restant bien sûr prudent et actif, que les choses vont dans le bon sens.

Tout au long de la semaine, plusieurs événements vont permettre de renforcer la mobilisation internationale. Un grand nombre de ces réunions sont organisées ou co-organisées par la France. Par exemple, ce matin, je présidais une rencontre avec des entreprises, ça s’appelle le « Business Dialogue », avec à mes côtés Mme Royal, où nous avons notamment et surtout abordé la question du prix du carbone. Il y avait là des dirigeants de très grandes entreprises et toute une série de collègues ministres. Cet après-midi après vous avoir quittés, je vais participer avec Mme Girardin au lancement, par la France et le Brésil, d’un mécanisme pour faciliter les transferts de technologies, qui est un sujet évidemment tout à fait fondamental dans les négociations climat ; et nous avons travaillé pour que ce mécanisme constitue une avancée en vue d’un accord à Paris.

Mardi, toujours sur cette question, j’ouvrirai avec mon homologue américain, John Kerry, le segment « ministre des affaires étrangères » de ce qu’on appelle le MEF, le Forum des économies majeures, et ce sera là aussi une occasion d’avancer. Et puis il y a d’autres rencontres auxquelles moi-même ou mes collègues participeront : le thème femmes et climat mardi ; le climat et l’énergie mercredi, le climat et la sécurité le même jour, qui est une réunion organisée par la France et l’Allemagne et, avec mon collègue péruvien qui présidait la COP20, nous aurons un « dialogue interactif sur la protection de la planète et le climat » au milieu de la semaine prochaine. Et puis bien sûr nous aurons l’occasion de voir toute une série de personnalités internationales et d’ONG sur cette question.

Cette Assemblée générale ouvre ce que j’appellerais volontiers la dernière ligne droite avant Paris. Elle doit renforcer la dynamique actuelle, qui est positive, mais qui doit être accélérée parce qu’il reste beaucoup de travail et finalement assez peu de temps. Il n’y a pas besoin d’insister sur le caractère impérieux du succès en décembre, parce que, j’ai utilisé plusieurs fois cette épithète, il est vital. Qu’est-ce que je veux dire par là ? Nous ne sommes pas engagés dans une négociation internationale comme les autres, que nous pourrions reporter sans conséquence majeure : c’est une course contre la montre. Et si ce devait être plus tard, ce serait trop tard. Dès cette semaine et dans les deux mois qui viennent, nous allons redoubler d’efforts pour réussir ce qui, au plan national, sera évidemment la principale échéance diplomatique du quinquennat et au plan mondial, si nous réunissions, le terme « historique », pour une fois, ne sera pas galvaudé.

Toute une série de réunions de ce point de vue-là vont intervenir. Dans la troisième semaine d’octobre, le groupe ADP qui siège à Bonn, se réunira et étudiera le texte proposé pour l’accord de fin d’année. Auparavant, nous nous serons réunis à Lima dans le cadre des réunions du Fonds monétaire et de la Banque mondiale. Et, l’OCDE nous fournira une évaluation des financements actuels et donc nous mesurerons quelle est la distance à parcourir entre ces financements actuels et les fameux 100 milliards de dollars par an pour 2020. Je réunirai, avec à mes côtés Laurence Tubiana, une pré-COP à Paris, au début du mois de novembre, parce que nous voulons être certains que chacun ait été consulté, qu’aucun problème n’ait été laissé de côté, et que l’on arrive à Paris, non pas en ayant tout résolu, mais en laissant le minimum de questions sur la table. De ce point de vue-là, nous voulons tirer les conséquences de l’échec de la réunion de Copenhague, où sans doute le travail préalable n’avait pas été suffisant, et où c’est seulement à la fin que de grands dirigeants sont arrivés espérant régler les choses qui ne l’ont pas été. Là, c’est un énorme travail en amont, qui est de notre responsabilité bien sûr, avec l’ONU, avec d’autres. Et, pour éviter aussi les échecs de la réunion de Copenhague, le président de la République demain aura l’occasion d’inviter tous les chefs d’État et de gouvernement qui veulent s’exprimer à Paris le premier jour de notre conférence, c’est-à-dire le 30 novembre. Après, il appartiendra aux négociateurs et aux ministres de terminer le travail.

(...)

Q - Sur le dossier du climat, vous avez insisté sur le temps fort que va représenter le déjeuner de demain, des chefs d’État. L’absence à ce déjeuner du Premier ministre indien et du président américain, deux des principaux pays émetteurs de la planète, ne risque-t-elle pas d’être dommageable ?

R - Écoutez, je ne sais pas, évidemment ce sont eux qui déterminent leur propre calendrier. Ce que je sais c’est que le président Obama ces jours-ci s’est beaucoup engagé sur ces questions, en recevant son homologue chinois puis à d’autres occasions. Je ne sais pas comment il s’exprimera devant l’Assemblée générale des Nations unies, s’il abordera le sujet, mais je ne doute pas que le président Obama, et l’administration américaine, soient engagés. Nous travaillons étroitement avec eux.

En ce qui concerne le Premier ministre indien, M. Narendra Modi, que le président de la République rencontrera, c’est un homme qui est extrêmement sensibilisé aux questions des nouvelles technologies, notamment au solaire. Mais aussi, il insiste souvent pour nous dire « oui, mais en même temps je dois sortir de la pauvreté plusieurs centaines de milliers de personnes et ma ressource aujourd’hui c’est le charbon ». Mais j’en parlais, son INDC n’est pas encore sortie, on espère qu’elle sera intéressante et positive. Et, nous travaillons aussi étroitement avec nos amis indiens qui auront un rôle très important dans la conférence de Paris.

Donc je ne sais pas exactement qui sera présent ou qui ne le sera pas, cela dépend des calendriers, mais en tout cas je peux vous dire que nous travaillons de près avec les Américains et avec les Indiens. Avec d’autres aussi, mais avec eux notamment parce qu’ils vont jouer un rôle. D’abord ils font partie des plus grands émetteurs et ils vont jouer un rôle important dans le succès que nous espérons de la Conférence de Paris. Je suis en contact fréquemment avec eux et dans toutes les réunions internationales que j’organise ils sont présents. (...)./.

Dernière modification : 30/09/2015

Haut de page