70e Assemblée générale des Nations unies - Conférence de Paris pour le climat - Conférence de presse de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, président de la Conférence de Paris pour le climat (New York, 29 septembre 2015)

Mesdames et Messieurs,

Ravi de vous retrouver. J’ai voulu vous réunir ce matin pour faire un point à ce stade sur l’Assemblée générale. Le président de la République est parti hier. Moi-même je reste jusqu’à jeudi soir. Ensuite, je rentre car nous devons rencontrer dans le format Normandie les Russes, les Ukrainiens et les Allemands. D’ici là, j’aurai toute une série d’activités. J’ai voulu vous rendre compte des deux points principaux qui marquent cette Assemblée générale : la Syrie et le climat.

Je vais commencer sur le climat.

Il y a eu toute une série de rencontres et d’événements importants auxquels j’ai participés en tant que futur président de la Conférence de Paris : le déjeuner des chefs d’État et de gouvernement a été important et intéressant parce que, même si chacun s’est exprimé brièvement, c’était très convergent : il faut trouver un succès à Paris, comme l’a évoqué François Hollande, à un diner autour de Michael Bloomberg qui nous aide beaucoup sur le rassemblement des collectivités territoriales.

J’avais auparavant présidé une réunion avec des entreprises, qui s’appelle « Business Dialogue », où nous avons surtout parlé du prix du carbone. C’est une thématique qui va monter même si ce n’est pas la Conférence de Paris qui elle-même va décider du prix du carbone. Je pense qu’il y a un accord grandissant pour faire bien comprendre que si on veut aller vers une économie décarbonée il faut faire deux choses à la fois : d’une part, faire en sorte que les technologies nouvelles et décarbonées soient moins chères ; d’autre part, faire en sorte que le carbone ait un prix. Ces deux éléments, j’y reviendrai dans un instant, sont en train de monter d’une façon très intéressante.

J’ai participé à de nombreux entretiens et, parmi les plus intéressants, la conversation à trois entre la France, l’Inde et Bill Gates où le sujet principal qui a été abordé est la question de l’innovation. Aussi bien le Premier ministre indien que nous-mêmes et Bill Gates sommes convaincus que c’est l’innovation technologique qui va permettre de changer la donne. Donc le projet est que l’Inde, la France, les États-Unis, et toute une série d’entrepreneurs autour de Bill Gates, prennent une série d’initiatives fortes pour développer l’innovation pour permettre des sauts technologiques. Vous en verrez la traduction au mois de novembre mais je voulais vous l’indiquer parce que c’est une chose qui va être certainement, compte tenu des personnalités que j’ai citées et des pays concernés, de grande portée.

Nous avons lancé avec nos amis brésiliens un mécanisme pour faciliter les transferts de technologie. Aujourd’hui et demain, j’ai plusieurs autres réunions. D’abord, à l’initiative de John Kerry, nous tenons une réunion dite du MEF « Major Economies Forum » où, là, l’originalité est que ce sont les ministres des affaires étrangères qui parlent du climat. Je vais donc saisir cette occasion pour mobiliser mes collègues, pour leur dire où nous en sommes et leur dire ce que j’attends d’eux encore dans les quelques semaines qui nous restent.

Il y aura également une réunion que je co-présiderai avec les Émirats arabes unis et le Pérou, et demain une réunion avec nos amis allemands sur le thème « Climat et sécurité », qui est un thème fort. D’ailleurs, à Paris, le ministre de la défense, à notre demande, organisera dans quelques semaines lui aussi une réunion climat et sécurité avec ses collègues de la défense, ce qui sera original et utile.

Mes collègues maintenant m’appellent le « climathonien ». C’est un nouveau surnom. Ce n’est pas très bon pour mon propre bilan carbone mais c’est utile je crois. Je serai la semaine prochaine à Lima où nous avons une réunion très importante puisque l’OCDE va faire connaitre là où nous en sommes en matière de financements. Nous verrons exactement quel est l’espace qui reste à parcourir pour aller jusqu’à 100 milliards par an. Ensuite, au retour, je passerai par la Bolivie pour rencontrer le président Morales. Puis je reviendrai à Paris où nous aurons toute une série de réunions. J’ai notamment invité une centaine de mes collègues à ce que l’on appelle une pré-Cop parce que nous voulons, avec le président français, que le maximum de sujets aient été traités avant même que commence la Conférence de Paris pour éviter les mécomptes que nous avions eus à Copenhague.

Sur le fond, le premier point positif, c’est la mobilisation en vue d’un accord. De ce point de vue-là les choses avancent bien. Il reste du travail mais le sentiment de tous ceux qui sont là est un optimisme actif. C’est vraiment le sentiment qui est tout à fait partagé.

Nous avons avancé sur un point très important - qui pour moi est l’un des plus importants -, la nécessité d’un mécanisme de révision lors de la Conférence de Paris. Le président français y a fait allusion. Nous sommes en train de collecter tous les engagements de tous les pays. Nous sommes, au moment où je m’exprime, à 90 engagements représentant 75% des émissions de gaz à effet de serre. Le record, je vous le rappelle, c’était Kyoto, 15%. On est bien au-dessus mais 90 pays ce n’est pas 190 pays. Il y a donc encore un effort à faire - dans les prochains jours, nous devrions avoir des publications supplémentaires - mais il est probable que lorsque - c’est le secrétariat de la Convention qui fait ça - nous additionnerons tous ces engagements, nous ne serons plus, et c’est une grande victoire, dans la perspective de 4, 5, 6° que promettait le GIEC si rien était fait. Il est cependant à craindre que nous ne serons pas encore à 2°. Il faut donc que nous nous donnions des clauses de rendez-vous, et j’espère que la décision sera prise à Paris pour qu’au fur et à mesure des évolutions technologiques et de ce que nous constaterons comme résultats dans le futur, nous puissions réévaluer à la hausse - « no backsliding » - les engagements. Cette clause de révision c’est la base de « l’ambition durable » que nous poursuivons.

Il y a un autre point qui petit à petit se dégage en matière de consensus, c’est la nécessité en plus de l’objectif des 2 ou 1,5° d’une ambition à long terme, 2050. Elle est pour le moment formulée d’une façon différente. Nous allons voir ce que le groupe ADP va nous proposer à Bonn dans quatre jours mais cette idée qu’il ne faut pas simplement les 1,5 ou 2° mais une ambition à long terme autour de la notion de décarbonation est quelque chose qui vraiment progresse et va dans le bon sens.

Et puis, je vous l’ai dit, en matière de financements climat, nous avons agi avec plusieurs autres collègues pour que vraiment ce soit au premier rang de l’agenda. La France elle-même a montré l’exemple. Le président a annoncé hier dans son discours que nos financements climat - soyons très précis - vont passer de 3 milliards par an aujourd’hui à 5 milliards par an en 2020 ; ce à quoi il faudra ajouter un peu plus de 350 millions de dons. Avec cet effort important, la France sera au rendez-vous de la solidarité financière climatique. Nous espérons que cet engagement, qui rejoint celui qu’ont pris nos amis allemands, va créer un effet d’entrainement chez d’autres pays du nord. Nous aborderons bien sur ce sujet à Lima la semaine prochaine lors de l’assemblée annuelle de la Banque mondiale et du FMI.

Il y a un autre point sur lequel nous avons avancé, j’y ai fait allusion également, c’est la question des technologies qui a été abordée en particulier dans la rencontre avec le Premier ministre indien Modi et Bill Gates.

Voilà quelques points qui peuvent vous être utiles sur le climat puisque des choses diverses avaient été dites. Cela permet là de les rassembler.

(...)./.

Dernière modification : 01/10/2015

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